Les intermittences du coeur

Les intermittences du coeur

Quel écrivain mesure vraiment le risque qu'il court en abandonnant son oeuvre entre les mains d'un cinéaste qui en fera la sienne ? Par Pierre Assouline.

Quel écrivain mesure vraiment le risque qu'il court en abandonnant son oeuvre entre les mains d'un cinéaste qui en fera la sienne ? Le plus souvent, il est conscient du malaise qui naîtra de la dépossession, mais moins des affres de l'appropriation par un autre créateur. Un détournement de but, de sens, d'esprit le menace ; si le livre en question a eu peu de lecteurs, le dommage demeure personnel, intime ; dans le cas contraire, le risque est grand que le film porte préjudice au livre, se superpose au puissant souvenir que le lecteur en avait gardé, le dénature, peut-être jusqu'à l'éclipser, sinon s'y substituer. Par rapport à de grands romans tels que Le Guépard ou Barry Lyndon, nous disposons du recul nécessaire pour en juger, mais Lampedusa et Thackeray ne sont plus là pour nous dire s'ils en veulent à Visconti et à Kubrick, ou s'ils les louent de leur avoir offert un second souffle.

Il y a près de trois ans, Réparer les vivants a illuminé de sa grâce l'année littéraire. Maylis de Kerangal y donnait l'illusion, sinon l'espoir, qu'une autre forme est possible dans cet enchevêtrement de passé et de présent, d'écriture familière et tenue, dans une même phrase, le tout emballé par une fascinante précision lexicale, un souci musical de la scansion, une exigence dans la ponctuation et un sens de l'espace très personnels. Innombrables furent les débats que suscita ce livre chez les lecteurs, sans polémique mais avec émotion. [Lire la suite]

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