Van Gogh dans le brouillard

Van Gogh dans le brouillard

À peine découvert, le carnet de dessins de Van Gogh fait polémique.

Les éditions du Seuil annonçaient cet été la découverte d’un Carnet de dessins réalisés autour de 1888 par le peintre hollandais Vincent Van Gogh. Paru cette semaine et présenté au public mardi à Paris après des mois d’embargo, le Brouillard d’Arles fait déjà l’objet de vives polémiques suite à la négation, de la part du musée Van Gogh, de l’authenticité de ce carnet.

« Il y a dix ans environ, lors d’une partie de chasse dans le centre de la France, je rencontrais un chasseur dont le voisin disait posséder un carnet de dessins conçus par Van Gogh. » Ainsi commence le discours de Franck Baille, expert en art et dirigeant d’une Maison de Ventes aux enchères à Paris Drouot, qui fut l’heureux découvreur de ce fameux brouillard qui contient quelque 65 dessins laissés dans l’oubli près de 128 ans.


Lors de la présentation du carnet retrouvé de Van Gogh
par les éditions du Seuil, mardi 15 novembre ©Marie Fouquet

«Il y a dix ans environ, lors d’une partie de chasse dans le centre de la France, je rencontrais un chasseur dont le voisin disait posséder un carnet de dessins conçus par Van Gogh.»

« Le propriétaire du carnet n’est pas un connaisseur en art, il n’avait aucun moyen de vérifier l’authenticité du carnet. » Franck Baille s’est alors lancé dans l’aventure d’une recherche et d’une série d’expertises autour de l’objet. Première étape : il s’adresse à l’une des historiennes les plus reconnues à l’international et spécialiste de Van Gogh, la Canadienne Bogomila Welsh-Ovcharov, qui a notamment participé au commissariat de l’exposition « Van Gogh à Paris », à l’occasion des premiers événements organisés au Musée d’Orsay en 1988. Celle-ci partage la vive émotion éprouvée face aux 65 dessins présents dans ce carnet, un « brouillard » à savoir un livre destiné aux comptes du Café de la gare d’Arles - que Van Gogh fréquentait quasiment quotidiennement quelques années avant sa mort -, et dont il a fait un livre d’art. Le carnet avait été adressé par le peintre aux propriétaire du Café, le couple Ginoux, dont la descendance s’est transmis l’objet jusqu’à aujourd’hui.

Alors même que l’on pensait avoir découvert toutes les œuvres du peintre, y compris les contrefaçons certifiées, ce « brouillard » apparaît aujourd’hui comme un trésor. « Le premier dessin que j’ai vu en ouvrant le carnet, ce fut celui au grand cyprès qui trône devant un soleil vif dans un ciel nuageux. » Il y a des éléments qui ne trompent pas selon Bogomila Welsh : « On y reconnaît les traits, les techniques et cette façon dont Van Gogh peignait la nature, pas seulement en termes de représentations mais avec une dimension transcendantale ». D’autant plus qu’un deuxième petit carnet de notes comprenant les avoirs, les commandes et messages des clients adressés aux gérants du Café de la gare trouvé dans la malle où était conservé le brouillard, atteste son appartenance à Van Gogh : « Mr le Docteur Rey a déposé pour Mr et Mme Ginoux de la part du peintre Van Gogh des boîtes d’olives vides, un paquet de torchons à carreaux ainsi qu’un grand carnet de dessins et d’excuse pour le retard. »

«On y reconnaît les traits, les techniques et cette façon dont Van Gogh peignait la nature, pas seulement en termes de représentations mais avec une dimension transcendantale.»

Si les acteurs de cette édition du Carnet retrouvé de Van Gogh insistent sur le détail de leur démarche et du parcours de leurs recherches, c’est que de telles découvertes génèrent souvent des polémiques, et particulièrement dans le milieu de l’art. Le jour de la présentation à Paris du carnet, mardi 15 novembre, le musée Van Gogh annonce que ces dessins seraient des faux. Or Bogomila Welsh assure que le musée n’a jamais eu entre les mains le dit brouillard et que leur déclaration s’appuie sur l’analyse de clichés de mauvaise qualité fournis par le propriétaire il y a quelques années. Elle ajoute que les représentants de l’institution hollandaise ont refusé de la recevoir alors qu’elle se présentait auprès d’eux avec une dizaine d’originaux.

Cette découverte n’est pas seulement un objet de plus qui serve à confirmer le génie désormais incontestable du peintre hollandais. Il apporte également à la recherche autour de son travail. On y découvre des sujets inhabituels, comme la nature morte (notamment celle des oignons), d’étonnantes représentations de branches d’amandiers ou encore un portrait de Gauguin contemporain de l’époque où leur dispute a mené Van Gogh à s’arracher l’oreille. D’autre part, les spécialistes de Van Gogh pensaient jusqu’à maintenant que le peintre ne réalisait jamais de croquis avant de réaliser ses tableaux, les seules traces d’esquisses ayant été conçues d’après les toiles, dans le but de conserver un souvenir de ses œuvres avant de les vendre. Ce carnet prouverait que Van Gogh, dans les dernières années de sa vie, travaillait à partir d’ébauches et de croquis comme le montrent les correspondances entre les dessins du brouillard et les dernières toiles du peintre, mises en évidence dans la dernière partie du livre publié chez Seuil.

Bernard Comment, directeur de la collection « Fiction&Cie » des éditions du Seuil et en charge de la publication du Brouillard d’Arles, achève ainsi sa présentation : « Le temps actuel [or des considérations de ventes et d’appartenances liés à ces dessins] est à la découverte », avant qu’une horde de journalistes ne défient le comité de s’expliquer quant à la position du Musée hollandais.

Marie Fouquet

Le Brouillard d’Arles paraît simultanément en France (Seuil), aux États-Unis et au Royaume-Uni (Abrams), en Allemagne (Knesebeck), aux Pays-Bas (Lannoo) et au Japon (Kawade Shobo).

À lire
Van Gogh, le brouillard d'Arles, carnet retrouvé,
Bogomila Welsh-Ovcharov, éd. du Seuil, 288 p., 69 €.