Trump président : le désespoir des écrivains américains

Trump président : le désespoir des écrivains américains

L’élection du candidat républicain, le 8 novembre 2016, a suscité de vives réactions parmi les écrivains américains. Dans la presse et sur les réseaux sociaux, certains parlent de se mettre en retrait, d’autres évoquent un « effondrement » des institutions, ou encore, s’en prennent sans détour au chef de l’exécutif.

Stephen King, sur Twitter, au lendemain de l’élection, a prévenu de son mutisme à venir : « Finis les suggestions de livres, commentaires politiques ou photos amusantes de chiens dans un futur immédiat. Je me tais. » Songerait-il, reclus dans sa maison du Maine, à créer un monstre à la jaune tignasse ramenée vers l’avant ? Au Washington Post, le maitre de l’épouvante avait déjà confié, en septembre, être « terrifié à l’idée qu’il [Donald Trump] puisse devenir président ». Dans le quotidien britannique The Guardian, en août, sa comparaison prêtait à sourire et sonnait même plutôt juste : « En moi, ce n’est pas le démocrate que Trump fait grincer, mais l’écrivain et le lecteur. Ecouter ses discours, c’est comme écouter un piano tomber dans un escalier. On n’entend que des fausses notes, pas de musique. Je vais vraiment regretter Obama… Dans ses paroles, il y avait toujours de la poésie, de la musique… ».


Stephen King © Jim Spellman/WireImage

George R.R. Martin n’est pas moins pessimiste que Stephen King. Sur son blog LiveJournal, il a donné à son court billet le titre sans équivoque de « President Pussygrabber » (« Président attrape-chatte »), où l’on pouvait notamment lire : « Trump était le moins qualifié des candidats qui aient jamais été nommés par un grand parti à la présidence. En janvier, il deviendra le pire président de l’histoire des Etats-Unis, et un joueur dangereusement instable sur l’échiquier mondial ». Et l’auteur du Trône de fer sait de quoi il parle.


George RR Martin ©HBO

Pour l’écrivain et essayiste Paul Berman, « l’effondrement » des institutions américaines est à venir. Dans un texte paru dan Le Monde le 10 novembre, il expliquait qu’ « aucune crapule ni aucun charlatan ne s’est jamais hissé à la tête de l’un des principaux partis, ni ne s’est frayé un chemin jusqu’à la Maison Blanche. (…) Trump est sans précédent, et c’est pour cela que personne dans la classe politique n’a prédit qu’il réussirait ».


Paul Berman © Anne Angele 

Pour évoquer la victoire de Donald Trump, Douglas Kennedyinterviewé sur Europe 1, s'est déclaré « choqué » le jour de l’élection : « C’est un traumatisme impossible à imaginer. On va se réveiller demain matin dans un monde totalement différent. Trump est un raciste, il est obsédé par le pouvoir, c’est un copain de Poutine… À côté de Trump, George W. Bush c’est Chateaubriand ! » Dans les dents !


Douglas Kennedy © Sipa

De son côté, la prix Nobel de Littérature Toni Morrison a placé l’identité au cœur de son analyse. Dans The New Yorker, elle a expliqué que « contrairement à toute nation en Europe, les Etats-Unis détiennent la blancheur comme force unificatrice. Ici, pour beaucoup de gens, la définition de l’ « américanité » est la couleur. » Et d’expliquer qu’un certain nombre de blancs américains, pour restaurer la blancheur comme un marqueur de l’identité nationale se sont ralliés autour du magnat, « dont l’entreprise a été poursuivie par le ministère de la Justice pour ne pas louer des appartements à des personnes noires. Le candidat qui a demandé si Barack Obama est né aux Etats-Unis (…) Le candidat qui est apprécié par David Duke et approuvé par le Ku Klux Klan. »


Toni Morrison © Vincent Mentzel

 

Simon Bentolila