Menace sur les bibliothèques anglaises

Un récent rapport souligne la baisse de fréquentation des bibliothèques publiques britanniques, gravement affaiblies par les restructurations et les réductions budgétaires. Cinq à six cent établissements sont menacées de fermeture immédiate.

Un vent de révolte gronde sur les bibliothèques britanniques, d'ordinaire bien silencieuses.
Si le nombre d'enfants inscrits a connu une légère augmentation, la fréquentation des bibliothèques britanniques a en effet chuté de 6,7% en cinq ans. Une baisse en partie explicable par des réductions budgétaires, qui ont contraint les directeurs à réduire leurs horaires d'ouverture. La situation semble inextricable, puisque la baisse de fréquentation des bibliothèques constitue pour les autorités un motif de nouvelles réductions, qui ne manqueront pas d'entraîner de nouvelles chutes. Pourtant, la gestion des bibliothèques publiques représente un marché juteux : certaines autorités locales ne cachent pas leurs intentions en matière de privatisation, et Library Systems & Services, une société basée dans le Maryland, aux États-Unis, envisage d'ores et déjà de gérer 15% des bibliothèques britanniques dans les cinq ans. L'un de ses objectifs avoués est de transformer les bâtiments en salles polyvalentes, mais elle assure que l'ajout de nouveaux services permettrait de maintenir la gratuité des prêts de livres, tout en restant muette sur la question du renouvellement des collections.
Soutenue par de nombreux auteurs et acteurs du monde de la culture, une partie de l'opinion publique, dont les actions sont largement relayées par le Guardian, se mobilise pour préserver les bibliothèques de quartier. Pour éviter la fermeture, celles-ci font de plus en plus souvent appel aux bénévoles au grand dam des salariés, dont la proportion a chuté de 4,3% en un an. Certains Tories - une partie d'entre eux a rejoint les opposants aux fermetures - accusent les "gauchistes d'Oxford" d'entretenir une mobilisation dont le seul effet sera de répercuter les réformes budgétaires sur d'autres secteurs, comme le soutien aux personnes âgées ou le recyclage. On compte également dans l'opinion libérale de véritables partisans de la fermeture des bibliothèques, considérées comme les vestiges inutiles d'une civilisation d'ores et déjà passée au numérique, et qui ne devraient leur salut qu'à la mobilisation d'intellectuels soucieux de les conserver à l'usage de pauvres qui n'en ont que faire.