Dominique Pinon: «Le Hobbit rappelle les grands récits de tradition orale»

Narré comme on raconte une histoire au coin du feu, Le Hobbit, premier livre publié de Tolkien bien avant Le Seigneur des anneaux, a souvent été considéré comme un livre pour enfants. Le comédien Dominique Pinon le rapproche judicieusement des grandes épopées mythiques, et le lit tel quel.

Sa voix particulière, couvre une large gamme de tonalités : tantôt rocailleuse et bourrue, tantôt légèrement nasillarde, il peut croasser comme le corbeau, siffler comme Gollum et grogner comme Beorn, l’homme-ours, sans jamais se départir de son naturel. En accord avec AudioLib, il a choisi de bien différencier les personnages dans sa lecture, nous guidant de sa voix chaude à travers les multiples péripéties du roman.


Avez-vous déjà lu des livres audio ?
Oui, ça fait quelque temps qu’on me contacte pour des enregistrements. Le dernier en date c’était un Que sais-je sur la contrepèterie, écrit par Joël Martin. Un très bon texte, très amusant. Pendant cet enregistrement, on m’a donné à lire les premières pages du Hobbit. Je n’avais jamais lu de Tolkien, pourtant c’est de ma génération ! Mais à vrai dire, j’étais un peu réticent envers ce genre de mythologie parfois difficile à suivre. Finalement, ça m’a beaucoup plu.

Quel a été votre ressenti à la lecture ?
C’est de la littérature orale et, donc, très agréable à lire à voix haute. Je pense qu’il ne faut pas trop préparer ce type d’exercice, mais plutôt se laisser aller à la narration, pour faire passer le plaisir de la lecture. C’est un récit d’initiation et la façon dont c’est écrit, avec des formules qui reviennent régulièrement, rappelle un peu les grands récits de tradition orale, comme L’Iliade et l’Odyssée.

Avez-vous vu le film ?
Je ne voulais pas aller le voir et finalement j’ai craqué et j’y suis allé hier soir ! J’ai trouvé ça pas mal du tout. Il y a des idées plus cinématographiques dans le traitement de l’intrigue, comme la scène de la grive à la fin, qui ne figure pas dans le bouquin. Ça, c’est très visuel, typiquement une idée de cinéaste.

Les voix des personnages des films nous sont devenues familières (celle de Gollum par exemple)…Vous en êtes vous inspiré ?
Non, au contraire. Déjà, je n’avais pas vu les films avant de faire l’enregistrement, ni le Hobbit, ni Le Seigneur des anneaux, et pour Gollum justement, j’ai fait attention à ne pas reproduire la voix qu’il a dans les films. Je l’ai fait à ma manière, avec ma voix. Il faut simplement lire le texte et le faire passer. Imiter les voix des films aurait été ridicule et insensé !

Sans imiter, vous donnez une voix différente à chacun…
Oui, on a fait attention à ça. Il faut marquer les différences : les méchants sont les méchants, les gentils sont les gentils, les nains parlent comme-ci, Bilbo comme ça. Il faut différencier pour la compréhension du texte, mais je l’ai fait à ma façon. D’une manière générale, j’ai été très libre de mes choix d’interprétation. On m’a fait confiance et si des choses n’allaient pas, on me le disait et puis je corrigeais.

Comment s’est déroulé l’enregistrement ?
On a suivi l’ordre chronologique du texte, en enregistrant à la suite de longs extraits. Puis à la réécoute, on a fait des sortes de « rustines », en refaisant juste certains passages qui n’allaient pas. Ça n’a pas été fastidieux du tout, même si le texte est long, l’enregistrement a pris seulement trois jours et ça a été un vrai plaisir. La lecture demande beaucoup moins de travail qu’un rôle dans un film ou une pièce. Là, c’est tout simple, ça vient naturellement : on n’est pas un personnage, mais un narrateur et c’est très différent. À la limite ça pourrait plus se rapprocher d’une voix-off au cinéma.
 
Après la lecture du Hobbit, celle du Seigneur des anneaux ?
Je ne sais pas si c’est en projet pour le moment, mais si c’était le cas, alors je serais ravi de prêter ma voix encore une fois !

Par Clémentine Baron