Le poète martiniquais Aimé Césaire est mort jeudi 17 avril 2008, à l’âge de 94 ans, dans son île natale. Pour le grand public, il restera comme le créateur du concept de « négritude » -même si lui préférait parler d’une invention collective. Pour les Martiniquais, celui qui demeura 56 ans durant le maire de Fort-de-France, et son député jusqu’en 1993. Quant à son vaste lectorat, il se souviendra surtout de La tragédie du Roi Christophe à la fois pièce anticoloniale et constat lucide sur la dictature ; ainsi que de ses recueils les plus fameux, tels le Cahier d’un retour au pays natal où la poésie libre soutient la révolte, ou encore Soleil cou coupé qui part du dernier vers du poème Zone d’Apollinaire. Car si Aimé Césaire fut une figure de l’émancipation africaine, à travers ses oeuvres ou ses revues L’étudiant Noir puis Présence africaine, son écriture était aussi marquée par une culture classique acquise d’abord sur les bancs du lycée martiniquais Victor Schloecher, puis sur ceux de Louis Le Grand –où il rencontra le Sénégalais Léopold Sedar Senghor- et de l’école Normale Supérieure. Rallié au surréalisme par André Breton, communiste jusqu’en 1956, fondateur du Parti Progressiste Martiniquais en 1958, il était devenu une figure incontournable de la Martinique, dont il réclamait l’autonomie. En 2005, il s’était refusé à rencontrer Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, afin de marquer sa désapprobation de la loi du 23 février 2005 dont les articles litigieux sur "le rôle positif de la décolonisation" seront finalement abrogés. Avec la défense de la candidature de Ségolène Royal –il était président d’honneur de son comité de soutien- ce devait être son dernier combat. La candidate socialiste aux dernières présidentielles a aujourd’hui demandé qu’il repose au Panthéon.
Pour saluer la mémoire d’Aimé Césaire, Le Magazine Littéraire met en ligne ci-dessous des extraits de l’interview qu’il avait donnée dans nos colonnes en novembre 1969.Il est alors député de la Martinique depuis la Libération, et a été avec Senghor, reconnu comme le plus grand poète noir d’expression française.


