Krapp's last tape, de Robert Wilson

Le metteur en scène joue le vieux Krapp de La Dernière Bande de Beckett au Théâtre de l'Athénée Paris 9e, du 2 au 8 décembre 2011.

Sur certaines pièces, Robert Wilson fait travailler plusieurs assistants, et signe le spectacle comme on impose une marque de fabrique. Sur d’autres, il fait tout, tout seul : mise en scène, scénographie, lumière et jeu d’acteur. Il y a seize ans, on l’a vu à Bobigny jouer Hamlet, Laerte, Polonius et Ophélie dans son Hamlet, a monologue. En cette fin 2011, à l’Athénée, il sera Krapp, l’unique personnage de La Dernière Bande. C’était l’année où jamais. Wilson a soixante-dix ans, l’âge de Krapp dans la pièce. Beckett, on le sait, imagina en 1958 un personnage âgé qui, le jour de son anniversaire, se tourne vers son magnétophone pour écouter la teneur de sa voix passée, mûre et confiante. Krapp mange une banane et actionne la bobine. Il commente ce qu’il entend, voix fêlée : «Viens d’écouter ce pauvre crétin pour qui je me prenais il y a trente ans, difficile de croire que j’aie jamais été con à ce point-là». Pauvre crétin ? C’est pourtant le même homme aux bananes et aux bobines qui, avachi, se traîne dans sa turne, myope, sous nos yeux. Que raconte-t-il ? Une histoire d’amour qui, comme souvent chez Beckett, tient d’un bucolisme à la fois parodique et exacerbé. Une promenade en barque, «la barque s’est coincée», les roseaux se sont pliés, «nous restions là, couchés, sans remuer». La barque bouge pour eux, tout est à désespérer dans ce qui ressemble à un premier et dernier amour. Quand même, la cuisse de la dame est égratignée : elle a cueilli des groseilles à maquereau.