Festival du premier roman à Chambéry : la voix des lecteurs

Le festival du premier roman de Chambéry, qui aura lieu du 23 au 26 mai, fête ses 26 ans cette année. Sa réputation tient à sa qualité de découvreurs de talents, puisqu’il a notamment honoré Amélie Nothomb, Michel Houellebecq ou encore Muriel Barbery.

L’entreprise se divise en deux temps : une saison de lectures qui compte environ 3000 lecteurs issus d’horizons divers (étudiants du collège à l’université, prisonniers, personnes en maisons de retraite) qui choisissent tout d’abord quinze titres parmi 78, et quatre jours de festival au cours desquels un seul auteur est choisi.

Originellement les romans qui entraient dans la sélection devaient être francophones, mais depuis quelques années le festival a ouvert ses portes à l’international et toutes les langues européennes sont comprises dans la collection. Deuxième condition sine qua non : les ouvrages doivent être le premier écrit par leur auteur et sortis l’année en cours.
Premier festival collaboratif, la rencontre effective entre les écrivains et leurs lecteurs y est mis à l’honneur.
C’est ainsi que des rendez-vous littéraires sont organisés tout au long du festival, incluant des rencontres au café, pendant un repas, ou lors de spectacles ou d’expositions conçus pour l’occasion. La prise de contact entre lecteurs et auteurs peut également s’inscrire dans une correspondance épistolaire, laissant place à un goût des lettres d’autant plus sensible et enrichissant.

Rappelons la dimension solidaire de ce festival qui met en place de nombreuses ouvertures aux milieux n’ayant pas immédiatement accès aux livres et à la sphère littéraire : non seulement le cercle des lecteurs s’ouvre à des établissements comme les hôpitaux, les centres pénitentiaires, ou les centres sociaux, mais des bénévoles «donneurs de voix» sont également conviés à l’aventure afin de permettre à des personnes pour qui la lecture est difficile, de donner leur propre voix sur les écrits.

Chantal André, ancienne enseignante en français dans un lycée professionnel, est bénévole pour le festival depuis 1988. Elle a commencé par faire participer ses élèves à un comité de lecture chargé de sélectionner des romans. A la retraite, elle continue l’aventure en participant à deux autres comités : un qu’elle anime et qui réunit quinze à dix-huit personnes avec lesquelles elle organise des débats tous les quinze jours autour des livres reçus et lus, et un autre avec les détenus du centre pénitentiaire d’Aiton (à quarante kilomètres de Chambéry). Voici l’extrait d’un texte écrit par Jean Pierre, détenu : «A la première lecture, il est facile d’ignorer un détail, de mal interpréter un indice glissé par l’auteur au détour d’une phrase, de se méprendre sur les intentions de l’écrivain, sur le but qu’il recherchait. La nécessité d’argumenter son jugement, de confronter son opinion à celle des autres esprits, aiguise l’attention et incite à s’ouvrir à d’autres éclairages. En outre, les attentes créées par la pratique régulière de ces analyses détaillées suscitent une émulation qui conduit à lire un maximum d’ouvrages et à apporter de plus en plus de soin à la rédaction des critiques. C’est ainsi qu’au bonheur de la lecture s’est joint le bonheur de l’ écriture, même si chacune de ces activités comporte sa part de contraintes et de difficultés.»

Cela fait un an qu’une nouvelle plate-forme numérique est disponible avec le festival du premier roman, Alphalire, donnant un accès supplémentaire et complémentaire aux premières œuvres des nouveaux auteurs. Cette plate-forme accueil notamment les textes du comité de lecture des détenus dont Chantal André s’occupe, qu’il s’agisse de leurs critiques ou d’écrits concernant la littérature (voir la citation plus haut). Le Maitre mot demeurant : «le plaisir».

Par Marie Fouquet