Pascal, à cœur et à raison

Pascal, à cœur et à raison

Parallèlement à l’exposition consacrée au philosophe Blaise Pascal jusqu’au 29 janvier prochain, la BnF présente un catalogue éponyme qui traduit la complexité de ce grand penseur du XVIIe siècle.

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Les multiples facettes – mathématicien, philosophe, inventeur, physicien et moraliste – de Blaise Pascal sont ici décryptées sous la direction de Jean-Marc Chatelin, spécialiste de l’histoire des idées aux XVIe et XVIIe siècles. Traités manuscrits, lithographies, dessins, estampes et tableaux nourrissent une riche iconographie extraite des collections de la Bibliothèque, tandis que des spécialistes (professeurs, conservateur, maître de conférence) explorent la biographie et le parcours intellectuel de Pascal selon les trois ordres qui fondent sa pensée (corps, esprit et cœur).

Après une première partie (« L’ordre des corps »), développée par Rémi Mathis autour de la dimension physique et géographique - de Clermont Ferrand à Paris - de Blaise Pascal, Dominique Descotes aborde dans la deuxième partie (« L’ordre de l’esprit ») la géométrie, que le penseur considérait comme la matière scientifique la plus noble car elle « donne un modèle de raisonnement ». Illustré par des figures mathématiques exprimant les théories du penseur, ce chapitre éclaire notamment ses concepts de « sections coniques », de « vide absolu » et de « hasard ». Son portrait d’écrivain, réalisé par Laurent Susini, rappelle ce que Sainte-Beuve déclarait à son propos dans Port-Royal : « [il] a établi la prose française » ; et Chateaubriand dans Le Génie du christianisme : « [Il] fixa la langue qu’ont parlé Bossuet et Racine ». La souplesse stylistique de Blaise Pascal comme sa tendance à l’emphase, augmentent le plaisir d’une écriture dite d’« impressions », ou comme le penseur il l’exprimait lui-même, de « vains fantômes ».

Enfin l’ouvrage conclut sur une troisième et dernière partie qui suit la logique des trois ordres pascaliens : le cœur. Suite à une révélation spirituelle et prophétique qui lui a fait sentir, de l’intérieur, la présence de Dieu, Pascal s’est décidé à réaliser une apologie de la religion chrétienne dans ses Pensées. De là nait une aventure éditoriale rarement rencontrée à l’époque et posthume à l’auteur, où l’organisation de ses textes et l’importance qu’il accorde à la religion générèrent de multiples interrogations. Enfin Philippe Sellier propose, en clôture de ce catalogue, un portrait jouant sur un anachronisme de près de quatre siècles qui érige Pascal en figure pionnière de l’existentialisme. Il rappelle la position originelle du penseur dans « l’arbre existentialiste » dessiné par Emmanuel Mounier dans un ouvrage paru la même année que la publication de la conférence sartrienne (L’existentialisme est un humanisme, 1947) – et leurs similitudes autour du rapport à l’autre et de sa qualité « médiatrice » entre « soi et soi-même ».

Marie Fouquet

À lire : Pascal, le cœur et la raison, sous la direction de Jean-Marc Chatelin, éd. BnF, 208 p., 39 euros

À voir : Pascal, le cœur et la raison, à la BnF, jusqu'au 29 janvier 2017

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