« Responsable mais pas coupable » : verdict du procès de la fiction

« Responsable mais pas coupable » : verdict du procès de la fiction

Samedi 7 octobre, à l’occasion de la Nuit Blanche 2017, écrivains, philosophes, historiens et autres personnalités du monde culturel ont tenu un procès de la fiction.

Dans une mise en scène judiciaire, ce débat littéraire et philosophique aux allures de procès s’est tenu dans la salle du Conseil de Paris de l’Hôtel de Ville. À l’initiative de la plateforme curatoriale « Le peuple qui manque », créée en 2005 par Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós, écrivains, historiens, sociologues ont tour à tour pris la parole à la barre. A l’accusation, Françoise Lavocat, Alison James et Alexandre Gefen ont maintenu que la frontière entre fait et fiction existe et doit être défendue, contre ceux qu’ils nomment les panfictionnalistes ou encore intégrationnistes pour qui toute réalité est une fiction et qu’il n’y a donc aucune différence à faire. Cette opposition, constituée en défense, réunissait Laurent de Sutter, Fabien Danesi et Dorian Astor. Pour appuyer leurs propos, les deux camps avaient fait appel à des témoins, parmi lesquels Laurent Binet, Dominique Cardon, Claudine Tiercelin, Camille de Toledo, Maylis de Kerangal...

Détaillant cinq chefs d’accusation, les participants du procès sont revenus sur les conséquences d’un brouillage de la frontière entre faits et fiction sur les démocraties (prenant pour exemple les fake news) ; la question éthique et épistémologique d’une confusion entre histoire et fiction ; la judiciarisation des œuvres fictionnelles (certaines pouvant blesser ceux qui se reconnaîtraient dans les personnages) ; le plaisir que l’on peut retirer à lire une œuvre de fiction, et qui serait conditionné par cette frontière entre réalité et fiction ; le statut de ces deux régimes cognitifs et la nécessité philosophique et scientifique de ne pas les confondre.

Au terme de ces 7 heures de procès, les jurés, des volontaires participant à la Nuit Blanche, ont pu délibérer et livrer leurs analyses sur cette « affaire ». Si les deux premiers chefs d’accusation, portant sur les questions démocratiques et éthiques, ont été validés, les suivants ont été rejetés, le jury ayant avancé des arguments plus personnels et subjectifs pour appuyer ce choix. Somme toute, la décision finale n’a pas parue tranchée et laisse encore planer le doute sur l’existence d’une frontière entre la fiction et le réel. Néanmoins, cette belle entreprise aura eu le mérite d’interpeler les spectateurs et internautes assistant à ce procès, diffusé en direct, sur la nécessité d’interroger et de confronter la norme aux évolutions d’une société ouverte au débat.

Alice Chomy