Il y a 205 ans, Goethe rencontrait Beethoven

Il y a 205 ans, Goethe rencontrait Beethoven

A l'été 1812, Goethe et Beethoven se rencontrent à Teplice en République tchèque pour des échanges professionnels et, Beethoven l'espérait, amicaux.

Beethoven s’émerveillait des écrits de Goethe. Il avait même composé plusieurs œuvres à partir de ses vers, inspiré par son sens de l'idéalisme. Le premier échange eût lieu au printemps 1812, il y a 205 ans. L’histoire est relatée par le rédacteur en chef du prestigieux magazine The American Scholar.

Au début du XIXe siècle, après la disparition d’Emmanuel Kant, l’écrivain et le compositeur sont les deux piliers porteurs de la culture allemande. Cette réalité leur fait peut-être prendre conscience que leur rencontre est nécessaire, sinon vitale. Ils doivent travailler ensemble, et même, se lier d’amitié. C’est en tout cas la volonté profonde de Beethoven. Leur rencontre a lieu quelques mois plus tard, en juillet, dans la ville de Teplice, en République tchèque aujourd’hui. Le compositeur phare du romantisme, à la santé fébrile, avait l’habitude d’y passer quelques semaines en cure à la station thermale.

Beethoven s’installe au piano et joue quelques sonates à son nouvel ami, alors ravi. « Le talent de [Beethoven] m'a émerveillé », écrira Goethe quelques temps plus tard dans une lettre au compositeur Carl Friedrich Zelter. Sur le moment, la rencontre est si chaleureuse que les deux hommes évoquent l’idée d’écrire ensemble un livret complet d’opéra. Des brouillons retrouvés attestent d’un projet tout à fait sérieux.

Tempéraments tempétueux

En dépit de ces quelques jours passés ensemble, les deux artistes auront très peu d’échanges par la suite. Un des nombreux biographes de Beethoven, Jan Swafford, en évoque les raisons dans un ouvrage paru à l’été 2014.

L’état physique de Beethoven, malade et inquiet de ses finances, ne s’améliorait pas pendant le séjour à Teplice. À l’époque, les eaux minérales de Teplice contenaient probablement des substances toxiques – arsenic, plomb et même des matières radioactives. Pris au même moment dans des sentiments contrariés vis-à-vis d’une femme – c’est peu dire eu égard à la sensibilité de Beethoven –, celui-ci aurait pu ne pas avoir le meilleur souvenir de Goethe.

Les tempéraments tempétueux des deux artistes n’ont, par-dessus le marché, pas favorisé la meilleure entente, comme Goethe l’écrit dans une lettre précitée : « Malheureusement, il a une personnalité totalement indomptable, qui n'est pas tout à fait dans le faux lorsqu’il juge le monde détestable, mais il ne le rend pas plus agréable ni pour lui-même, ni pour les autres. D’autre part, il est très excusé, et mérite même notre compassion alors qu’il est en train de perdre son audition, ce qui, peut-être, nuit à sa part musicale, moins qu’à sa sociabilité. »

Par ailleurs, Beethoven appréciait peu la position très intégrée de Goethe à la cour de la famille impériale, comme en témoigne l’épisode plus ou moins mythifié de Goethe s’inclinant profondément devant la famille impériale lorsque Beethoven, irrévérencieux, passa ostensiblement son chemin. Un épisode à l’image de la froide déception de Beethoven quant à sa rencontre avec l’écrivain allemand.

Les deux piliers de la culture allemande ne se reverront jamais. Et le projet de livret d’opéra demeurera à l’état de quelques feuilles jaunies, griffonnées et brouillonnes.

Raphaël Georgy