Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu'endormis.
Edgar Allan Poe Histoires grotesques et sérieuses
Sans surprise, la dernière enquête de Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham (éd. l’Olivier) accède directement à la première place des ventes de livres cette semaine.
Plateaux télé, émissions de radio, bonnes feuilles dans le Nouvel Obs et pleines pages dans les quotidiens qui comptent… Ces jours derniers, difficile d’échapper au Quai de Ouistreham, soit Florence Aubenas en femme de ménage enchaînant les contrats précaires. Il faut dire que l’ouvrage avait tout du succès programmé. D’abord, Aubenas, dont le nom est encore associé à cinq mois de captivité en Irak, et à de multiples manifestations de soutien en 2005. Ensuite, la méthode. Pour cette nouvelle enquête, la journaliste a sillonné la Basse-Normandie six mois durant, s’est installée à Caen, inscrite au «Pôle emploi» et a rencontré des «agents d’entretien», le tout pour raconter la crise de l’intérieur, par-delà les chiffres. Malin, l’éditeur a choisi de faire monter le désir par l’absence : les rédactions ont reçu le livre seulement quelques jours avant sa parution (exception faite du Nouvel Observateur, où Aubenas officie en qualité de grand reporter). Bien sûr, l’objet de toutes les curiosités s’arrache et, sans surprise, crée l’événement. Simple coup médiatique ? Pas seulement, compte tenu de la sincérité et de l’investissement de Florence Aubenas, qui compose ici une véritable enquête journalistique ; mais parution dûment orchestrée, indéniablement. Force est de constater que la stratégie se révèle payante. Lancé le 18 février à 50000 exemplaires, Le Quai de Ouistreham atteint aujourd’hui 210 000 exemplaires de tirage après quatre réimpressions. Et culmine au sommet du Top 20 Ipsos/Livres Hebdo des meilleures ventes de la semaine du 15 au 21 février.