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Auteur

Noémie Sudre

 

Notes

La Maison de Colette, fonds de dotation, 8, rue Monsieur-le-Prince, 75006 Paris
Tél. : 01-47-00-79-76
maison-de-colette@orange.fr.
http://fr-fr.facebook.com/pages/Maison-de-Colette/125700750802162
http://www.amisdecolette.fr

Sur la Guillette, maison de Maupassant à Étretat :
http://www.laguillette.com/

Visitez la maison Cocteau :
http://www.jeancocteau.net/maison_home_fr.php

À lire, de notre collaboratrice, Évelyne Bloch-Dano : Mes maisons d’écrivains, éd.Taillandier, 2005, 349 p. 21 euros.

 

Les demeures d'écrivains en sursis

«La maison est un état d’âme», disait Gaston Bachelard. Âme de celui qui y vécut, qui y écrivit sans doute, quand il s’agit d’un auteur. La demeure de Victor Hugo à Villequier, Maurice Leblanc au Clos Lupin à Étretat ou encore la maison de Jean Cocteau, qui vient d’être inaugurée à Milly-la-Forêt… Elles sont des centaines en France à ouvrir leurs portes au public. Mais nombreuses sont aussi celles qui, régulièrement, sombrent dans l’oubli. D’abandon total, il n’est pas vraiment question. Mais faute de moyens pour en faire des hommages de pierre à leur illustre propriétaire, les collectivités les laissent aux mains et à la bourse des particuliers. Si la «Guillette», propriété de Maupassant à Étretat, a récemment été acquise par un particulier, le sort de la maison natale de Colette dans l’Yonne n’est pas scellé.

Témoins d’une œuvre et d’une vie d’écrivain
«Ici Colette est née». La plaque posée sur un mur de la rue du nom de la romancière française à Saint-Sauveur-en-Puisaye ne trompe pas. La «maison grande coiffée d’un grenier haut», décrite dans La Maison de Claudine, fut un personnage tout aussi important que Sido ou Claudine, au cœur de l’oeuvre de Colette. Elle y passa son enfance, et avouait encore en 1952, deux ans avant sa disparition, avoir toujours sur elle une photographie des lieux qui continuaient de la hanter. «Ce n'est pas une demeure d'écrivain comme une autre. Elle tient une place très forte, centrifuge dans ses romans. Plus qu'un bâtiment, c'est un personnage à part entière, emblématique de l'oeuvre», confiait au Monde le 17 juin dernier, Frédéric Maget éditeur des Lettres à Missy (Flammarion, 2009) et coéditeur, avec Gérard Bonnal de Colette journaliste (Seuil), mais également président de la Société des amis de Colette. C’est dire si les maisons d’écrivains abritent l’âme de ceux qui les ont habitées. À propos de la demeure que Cocteau acquit en 1947 à Milly-la-Forêt dans l’Essonne, le poète disait pour sa part : «C’est la maison qui m’attendait.» Quant à la «Guillette» à Étretat, construite en 1883 par Maupassant, du nom, affectueusement féminisé, de son propriétaire, elle vit s’écrire rien moins que Pierre et Jean  et Le Horla durant les quatre années où y vécut l’écrivain. Sensiblement évoqués par Évelyne Bloch-Dano, collaboratrice au Magazine Littéraire, dans Mes maisons d’écrivains, ces lieux sont constitutifs de l’histoire d’un homme ou d’une femme de lettres et de leur œuvre. Quand, arrivant sur le marché de l’immobilier, elles sont offertes à la bourse de tout un chacun, c’est donc une partie non négligeable de notre patrimoine culturel et littéraire qui risque de s’évaporer. 

Exemple d’un sauvetage avorté : La «Guillette»
La propriété de Guy de Maupassant sur les hauteurs d’Étretat ainsi que son parc ont été mis en vente fin 2006. Est alors créé un collectif d’élus pour envisager le projet d’un rachat par la Ville avec le soutien du Conseil Général de Seine-Maritime et du Conseil régional de Haute-Normandie. Proposés à la vente à 1.150.000 euros, la demeure et son jardin sont estimés à 480.000 euros par les Domaines. Les collectivités, prêtes à soutenir la municipalité pour l’acquisition, s’estiment pour autant, trop accaparés par la gestion d’autres lieux culturels. Jean-Bernard Chaix, maire d’Étretat jusqu’en 2008, dressant le bilan de sa rencontre avec Alain le Vern, président de la région, s’exprimait alors en ces termes : «Le président de la région m’a dit qu’il était d’accord pour participer au financement de l’achat de la Guillette avec le département.» Mais de projet de musée, nul ici. La mairie d’Étretat estimant à 2 millions d’euros l’acquisition et les travaux en prévision de la création d’une maison Maupassant, aucun budget ne fut prévu. Jean-Pierre Thomas, de l’association L’Arche, ayant participé au montage du dossier, déplorait alors le «manque de volonté de la mairie de sauver le patrimoine». André Brochec, adjoint au tourisme et à la culture de la ville d’Étretat, en charge du dossier dès 2008, nous confiait récemment qu’un projet de financement par des partenaires chinois aurait pu permettre de faire vivre la maison. Et si les Amis de Flaubert et Maupassant freinaient alors devant le projet, les tractations allaient bon train. «Nous y avons cru, Maupassant a toujours été beaucoup traduit et étudié en Chine même sous Mao, et le projet aurait permis d’intégrer la maison dans un circuit littéraire et culturel en Normandie. Mais l’impensable s’est produit», avoue André Brochec. La conjoncture politique entre la France et la Chine n’était en effet pas des plus favorable au bon déroulement des choses en 2008-2009. «De toute façon la municipalité n’aurait pas pu débloquer de postes», termine, pessimiste, André Brochec. La «Guillette» a été achetée en janvier 2010 par une famille de particuliers pour 600.000 euros privant ainsi les admirateurs de Maupassant d’une étape importante sur la route des écrivains en Normandie.  

Un espoir en Bourgogne

Ce que redoute Frédéric Maget ? Que le même sort soit réservé à la maison de Colette. «C’est une part importante de notre patrimoine littéraire et culturel qui risque de disparaître», s’inquiète-t-il. Celle-ci mise en vente début 2007 à 300.000 euros, faute de repreneur, menace de tomber en délabrement, et le combat pour sa sauvegarde dure toujours. L’espoir : sa réhabilitation sur le modèle de la maison Cocteau tout juste ouverte au public le 24 juin à Milly-la-Forêt, grâce aux efforts conjugués de la Région Ile-de-France, du département de l’Essonne et de Pierre Bergé. Mais «je n’ai pas de Pierre Bergé dans la poche», ironise Frédéric Maget. Si le projet de rachat par des partenaires privés et publics a un temps été fragile, le président de la Société des Amis de Colette semble désormais plus optimiste. La demeure était détenue en indivision et la partie minoritaire répandait à qui voulait l’entendre le prix fantaisiste de 1,9 million d’euros. Frédéric Mitterrand lui-même en aurait été abasourdi. Car si le prestige des lieux peut, certes, gonfler le prix, il ne s’agit ,dans les faits, que d’une maison de village. Frédéric Maget ayant pris contact avec les deux parties dans le but de ramener le prix à un chiffre raisonnable, celui-ci fut fixé à 500.000 euros. Fort de ce prix plus abordable et de l’hypothèse de la mise aux enchères du lot au prix fixé par les Domaines soit 250 à 300.000 euros, Frédéric Maget est reparti en croisade auprès des pouvoirs publics. Il a également créé un fonds de dotation pour «accompagner les collectivités en faisant appel à la générosité publique». «Nous n'avons jamais, depuis le début de ce dossier, été aussi proches d'aboutir», estime t-il. Et même si le conseil général de l'Yonne reste sceptique, la direction régionale des affaires culturelles «serait prête à classer la maison monument historique» et à financer une partie des travaux. La pétition circulant actuellement a reçu à ce jour plus de 5000 signatures. Une grande soirée de soutien organisée au Théâtre du Châtelet, le 9 novembre, sous le double patronage de l'Académie française et de l'Académie royale de Belgique et grâce à Monsieur Choplin contacté par Frédéric Maget, proposera des lectures de textes de Colette ponctuées d’intermèdes musicaux. Le comité d'honneur accueillera des personnalités investies dans le projet telles Julia Kristeva , Frédéric Vitoux, Edmonde Charles-Roux, Bernard Pivot, Emmanuel Pierrat, Sylvie Le Bon de Beauvoir. Le prix des billets sera intégralement reversé au fonds de dotation, et outre le plaisir de la littérature et des textes colettiens, l’événement doit «amener les pouvoirs publics à prendre parti, à formuler une réponse», nous a confié Frédéric Maget, qui devrait à nouveaux rencontrer le Ministre de la Culture dans les semaines qu viennent.  

Car le projet ne manque pas de densité. Le président de la Société des Amis de Colette parle d’un énorme enjeu pour le village comme pour le département et même la Bourgogne. Pourquoi une telle ferveur ? Parce qu’une enquête auprès des électeurs révèle que Colette est à 57% la personnalité qui incarne le mieux la région. D’où l’idée de cette nouvelle articulation du parcours Colette à Saint-Sauveur. Le musée déjà aménagé n’est qu’un lieu «d’impressions et d’évocation», souligne Frédéric Maget. La maison apportera le complément biographique et mettra l’accent sur l’enfance de Colette. Le village entier incarne la romancière et «tout ce dont elle parle dans son œuvre est intact» : de la salle de classe aux bois environnants dont les curieux peuvent arpenter les sentiers botaniques chers à la femme de lettres. Plus alors qu’une simple étape émotion sur la route bourguignonne de Colette la maison de Saint-Sauveur-en-Puisaye pourrait devenir un centre de recherches névralgique consacré à l’écrivain en accueillant le Centre d’études Colette actuellement établi à Auxerre, ainsi que les bureaux de la Société des Amis de Colette et en proposant des animations régulières autour de son œuvre. En somme, faire vivre le lieu aux rythmes des battements de l’œuvre et de la vie de la romancière. En espérant que le combat serve d’exemple. C’est Hugo qui aurait applaudi.