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Critiques
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Pierre Assouline
Editorial

 

Imitons, imitons !

Il a singé Wordsworth, Defoe, Montaigne, Keats, Baudelaire, Dumas père, sir Thomas Browne… avant d’être l’incomparable Robert Louis Stevenson. Dans Devenir écrivain (1), il délivre une poignée de conseils d’autant plus précieux qu’ils sont rarement suivis. Il se livre ainsi à un éloge de l’imitation (et non du pastiche, qui nécessite déjà d’être en pleine possession de son art) qui permet à l’inimitable modèle de briller encore au loin, hors d’atteinte de l’élève. Le problème est : qui veut encore être élève ? Tant de serfs et si peu de disciples ! « Mais ce n’est pas comme cela qu’on devient original ! », couinera-t-on. Certes non, reconnaît Stevenson, car il n’existe pas d’autre...


Gens de morale et genres littéraires

«Les idées qui mènent le monde arrivent sur des pattes de colombe », disait Nietzsche, moraliste et grand pourfendeur de moraline. Rendons grâce aux PUF de nous livrer, non sans une certaine modestie éditoriale, un ouvrage aussi intelligent que Pensée morale et genres littéraires (1). L’idée est simple. Donc excellente. Elle part du fait que la théorie littéraire des années structuralistes a eu la fâcheuse tendance à laisser de côté les rapports entre la littérature et la morale. En réaction à cette posture, des chercheurs en Europe mais surtout outre-Atlantique (ethical theory) ont reposé cette question très ancienne : de quels types d’enseignements et de connaissances morales la littérature est-elle porteuse ? Ils ont ainsi souvent cédé à la tentation...


Il y a des idées...

«Il y a des idées qui sont comme des attentats », écrit Milan Kundera dans L’Insoutenable Légèreté de l’être. Cette mise en garde revient à l’esprit à la lecture d’Une rencontre (1). Et spécialement quand l’auteur souligne cette curieuse et furieuse maladie qu’est l’amour des listes en général, et des listes noires en particulier. Il relève que ces dernières étaient déjà la grande passion des avant-gardes parisiennes dans les années qui précédèrent la Première Guerre mondiale. Kundera en fait la découverte en traduisant un petit manifeste de 1913 d’Apollinaire qui distribue « généreusement » les « merdes » et les « roses ». D’un coup de plume, les illustres figures de Dante, Shakespeare, Tolstoï, Poe, Whitman,...


Animal, trop animal ?

«La manière de naître, d’engendrer, nourrir, agir, mouvoir, vivre et mourir des bêtes étant si voisine de la nôtre, tout ce que nous retranchons de leurs causes motrices, et que nous ajoutons à notre condition au-dessus de la leur, cela ne peut aucunement partir du discours de notre raison» (Montaigne, Les Essais, II, 12). L’animal est un homme pour l’homme. Tout au moins si l’on s’en tient aux discours. Dans notre monde saturé d’émotions, on ne s’est jamais déclaré aussi sensible à la souffrance non humaine. Jamais les maltraitances ou les brutalités envers les animaux n’ont été aussi durement punies par la loi. Les animaux domestiques, devenus «de compagnie», occupent une place croissante dans nos vies et dans nos...


Nos monstres

Un tiers état intellectuel et culturel. Parce que les écrivains sont l’objet d’une attention publique, leur condition est mal connue. Faute d’enquêtes, on cabote entre vision désincarnée d’un auteur entièrement dédié à son art et manifestation de ces pseudo-romanciers tout dédiés à eux-mêmes. Il ne s’agit là que d’illusions servant à tromper les gogos. La réalité est plus saumâtre. Acteurs centraux de l’univers littéraire, les écrivains sont les maillons économiquement les plus faibles de la longue chaîne que forment les différents «professionnels du livre». Chut ! Le dire ou l’écrire apparaît incongru. Il ne faut surtout pas troubler les grands happenings littéraires, déranger ces grandes librairies à ciel ouvert,...


La tradition, le maître et la philosophie

Le passé a barre sur nous, a écrit Walter Benjamin, nul ne peut échapper à sa sommation. » Clivés entre néotraditionnalisme et postmodernisme, casuistique jésuite et rituel d’autoexpiation, nos temps sont doublement infidèles à l’injonction de l’auteur du Livre des passages. Aujourd’hui, quand le passé est invoqué, c’est pour montrer son imperfection. Et ce n’est qu’habillé des derniers oripeaux de la mode, consacré vintage, qu’il se révélera « chic ». Imbu de sa supériorité morale, le présent ne transmet plus que lui-même. Nos temps sont marqués par une défaillance de mémoire. De l’ancien monde ne subsistent parfois que bribes et fragments déchargés du poids des certitudes. Mais, à ce qui nous est parvenu,...


L'éclaircie

Pouvait-on imaginer un tel « événement » dans l’univers des prix littéraires ? Les jurys du Goncourt et du Renaudot ont étonné plus d’un observateur du microcosme germanopratin en couronnant deux écrivains qui montrent, pour reprendre une réflexion de Malraux, que la France n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle s’exporte. De nationalité guinéenne, le lauréat du Renaudot, Tierno Monénembo, a choisi l’exil dès 1969 et a publié déjà de nombreux romans au Seuil, depuis Les Crapauds-brousse, qui l’ont révélé, jusqu’à L’Aîné des orphelins et, plus récemment, Peuls, en passant par Les Écailles du ciel, grand prix de l’Afrique noire. Son roman Le Roi de Kahel narre les aventures picaresques du bouillant Aimé...


Les giroflées jaunes

Il y a « de petites créatures boiteuses et manchotes, grêles, vieillottes, ce sont les idées de ce que vous appelez les gens de lettres. Elles vivent sur les murailles à la façon des giroflées jaunes, elles parfument un jour les airs, disparaissent et tombent ». Dans Aventures administratives d’une idée heureuse, Balzac exprimait ainsi sa désillusion à l’encontre des critiques. Plus tard, Baudelaire protestera contre l’idée courante d’un Balzac réaliste propagée par ces mêmes critiques. Le poète s’étonnait qu’on ne reconnût pas dans le romancier « un visionnaire passionné ». Depuis cette admonestation, les manuels, les professeurs et une foule de braves gens n’en continuent pas moins à ignorer le caractère fantastique de...


Le phare appelle à lui la tempête

Nous fêterons, dans quelques mois, le centenaire de la naissance de Malcolm Lowry, ce génie crucifié. Nous ? Pour être plus précis : une poignée d’universitaires et une maigre phalange de lecteurs. L’étonnement, l’émerveillement, l’admiration suscités en France par la publication d’Au-dessous du volcan, ce chef-d’oeuvre qui a rejoint les mythes de la littérature, ont fini par s’estomper. Comment expliquer, aujourd’hui, cette obsession du style ? Dans Ultramarine, le jeune Hilliot dit :  « Je souhaite. D’être. Quoi ? Une paire de phrases déchirées déboulant entre deux parenthèses. Peut-être que je suis ça. » L’unité du monde de Lowry, c’est l’écriture. Il  jugeait plate la simplicité...


Lorsque Soljenitsyne parut...

Un écrivain, c’est aussi une « présence réelle », pour employer la belle expression de George Steiner. La première fois qu’un de ses passeurs vit Soljenitsyne, il eut cette réflexion : « Je m’attendais à accueillir un lettré fragile et j’ai vu s’avancer Hugo. » L’homme avait la solidité d’une montagne barrant l’horizon, impossible à réfuter, malaisé à contourner. Un bloc de certitudes. Il revenait de loin, exactement par trois fois de l’autre monde dont, Lazare miraculé, il nous donnait des nouvelles. Il nous apportait le feu, s’y brûlant en même temps qu’il brûlait. Soljenitsyne pensait qu’il y avait un bien et qu’il y avait un mal, et que, si le bien était...


Le voyage intérieur

L’indétermination, loin d’être un fléau que nous subissons, devrait être la pulsation intime de nos vies. Après tout, assumer notre condition et vouloir librement nous diriger dans l’existence, c’est ne pas nous voiler la difficulté de s’orienter dans un monde qui, pas plus que nous le sommes à nous-mêmes, ne nous est transparent. L’invisible, vers lequel le pont de l’interprétation doit être nécessairement jeté, ne constitue ni une invention ni une fiction de métaphysicien ; c’est notre condition même pour peu que nous osions la regarder en face et admettre qu’il y a peu de chose à voir, mais beaucoup à déceler. Malheureusement, la liberté donne la nausée. Et partout se lève une nostalgie certaine pour un...


Michelet et notre roman national

Demain s’est écrit hier. Sans doute est-ce la raison pour laquelle deux événements éditoriaux consacrent le grand retour de Jules Michelet. En parallèle à la réédition par les Equateurs de l’intégralité de son Histoire de France (1), Flammarion publie cent douze extraits de cette oeuvre monumentale. Ces initiatives exhument un pan oublié de notre mémoire littéraire. Elles offrent l’occasion d’échapper à l’affairement des jours et de renouer avec l’écriture vibrante de celui qui se considérait comme le principal rival de Chateaubriand. C’est peu dire que la comparaison n’est pas excessive. Bien sûr, ce style, son énergie, sa couleur, sa palette plus riche que celle d’un Delacroix ou d’un Géricault, ne se...


La nouvelle formule du Magazine Littéraire

Vos goûts changent, la littérature évolue, ceux qui les servent doivent en tenir compte. La nouvelle formule du Magazine Littéraire répond ainsi à une double exigence : renforcer sa vocation d’outil encyclopédique et affirmer le rôle de ce magazine comme acteur de premier plan sur la scène culturelle française. Pour cela, Le Magazine Littéraire devait se doter d’un site internet complet. Un site qui ne soit pas une simple vitrine du magazine papier, mais qui développe son propre contenu : des grands entretiens, toute l’actualité du livre au jour le jour, l’agenda complet des manifestations littéraires (festivals, lectures, conférences, dédicaces, etc), des interviews vidéo d’auteurs, des podcasts et des billets d’humeur...