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Auteur

Jean-Baptiste Harang

 

Article payant

Impardonnables

Magazine Littéraire n°483 - 01/02/2009

Le narrateur s'appelle Francis, il a l'âge de l'auteur, bientôt soixante, il est écrivain, tête de chien, il raconte sa vie, il raconte tranquillement une vie pas tranquille du tout, ses femmes, ses enfants, les enfants de ses enfants, il raconte parce qu'après tout, si tu racontes, il y a une petite chance qu'un peu de littérature vienne. Francis se tient à carreau, peinard et malheureux jusqu'à la page 167, et là, il se lâche : « Je bâillais, j'étais à peine réveillé, je me frottais encore les yeux - j'avais travaillé très tard, sur un paragraphe récalcitrant, puis j'étais tombé sur mon lit, mort de fatigue, et le téléphone m'avait réveillé en sursaut. L'aube était encore blanche, diaphane, mais il s'y glissait une brise déjà tiède en provenance de l'océan. Dans mon métier, si l'on capitulait devant un paragraphe, si l'on ne réglait pas le problème avant d'aller se coucher, on ne pouvait pas gravir les échelons, on se condamnait à rester un écrivain de seconde zone. » Philippe Djian nous a souvent fait le coup, des années durant, du personnage écrivain qui fait des livres pleins d'histoires, mais c'était du temps où tout le monde n'avait pas compris qu'il jouait en première division, qu'il devait convaincre qu'on pouvait écrire des histoires qui se tiennent sans être américain, dans une langue qui se tient, le français, et qu'il faut tenir de peur...

Jean-Baptiste Harang

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