Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu'endormis.
Edgar Allan Poe Histoires grotesques et sérieuses
Magazine Littéraire n°485 - 01/04/2009
Discret maître allemand, l'écrivain a brutalement disparu en 2001 dans sa retraite anglaise, laissant des esquisses d'un projet sur la Corse, récemment éditées.
L'image que le peintre Jan Peter Tripp garde de Max - prénom sous lequel ses amis connaissaient Winfried Georg Maximilian Sebald - est celle d'un « voyageur fatigué sous les ors de la cinquantaine ». La discrétion était sa caractéristique première et la mélancolie se lisait sur son visage. Il se préservait derrière une moustache drue et de grandes lunettes rondes, derrière deux initiales - W. G. - cachant le caractère trop allemand de ses prénoms. La célébrité venue, il n'aspirait, disait-il, qu'à « tout abandonner [...] jusqu'à ce qu'on m'ait oublié et alors peut-être pourrai-je retrouver cette position où je serai en mesure de travailler dans mon abri de jardin, sans être dérangé ». La banalité de sa mort, le 14 décembre 2001, dans un accident de voiture, à proximité de son domicile de Norwich, en Angleterre, semble s'inscrire dans ce processus de désagrégation de l'individu dans les accidents de l'histoire dont ses livres demeurent les témoins, tout autant que de « l'énigmatique survivance de l'écrit ». Né le 18 mai 1944 à Wertach-im-Allgaü, village des Alpes bavaroises, Sebald n'accède à la notoriété internationale qu'en 1996, lors de la traduction des Émigrants en anglais. Susan Sontag y voit le premier signe de « grandeur littéraire » apparu depuis longtemps, et « le récit définitif et métaphorique de notre condition » à travers l'exploration...
Aliette Armel