Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu'endormis.
Edgar Allan Poe Histoires grotesques et sérieuses
Magazine Littéraire n°392 - 01/11/2000
A l'époque où le « réalisme » est porté au pinacle, la Nouvelle Fiction cherche à rendre compte d'un autre réel : celui des profondeurs poétiques de l'âme humaine.
Dans le champ clos auquel ressemble parfois notre monde littéraire, la Nouvelle Fiction fait figure de groupe atypique, de merle blanc, voire de mouvement subversif. Cercle de trublions du deuxième âge selon les uns, sain antidote à la grisaille dominante selon les autres, elle a été ces dernières années au centre de solides polémiques. Si celles-ci ont permis aux pour et aux contre de libérer allègrement leur fiel, elles ont en revanche - fait regrettable - occulté sa nature profonde et ses objectifs. Il est grand temps, me semble-t-il, d'y revenir. Pour comprendre ce qu'est la Nouvelle Fiction, il vaut mieux, plutôt que de prétendre la définir par une formule qui se révélerait tôt ou tard réductrice, la replacer dans le contexte littéraire. En France, depuis le xixe siècle, coexistent de manière plus ou moins avouée deux courants bien distincts : D'une part, le courant « réaliste », qui se donne pour objet une description aussi fidèle que possible de la réalité, telle qu'elle apparaît à ceux qui la vivent ou l'observent. Ce courant, qui passe entre autres par Balzac, les Goncourt, Zola, Mauriac et Sartre, fait la part belle au social et au psychologique. Selon qu'il privilégie le collectif ou l'individuel, il mène à la fresque ou au récit intimiste. A l'heure actuelle, il est parvenu à une telle hégémonie qu'il...
Francis Berthelot