Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu'endormis.
Edgar Allan Poe Histoires grotesques et sérieuses
Magazine Littéraire n°396 - 01/03/2001
Il est des scènes enchâssées dans une coquille de noix, théâtre miniature dont seule une loupe permet de saisir la surabondance de détails. Réunis dans un même ouvrage, les 3 textes de Raymond Roussel ( La Vue, Le Concert, La Source ) participent d'une pareille orfèvrerie. Au départ, 3 minuscules médaillons : une photographie balnéaire sertie dans la boule de verre d'un porte-plume, un dessin en-tête de papier d'hôtel, l'étiquette collée sur une bouteille d'eau de source. L'oeil s'approche comme une caméra, les décors se mettent en place, les personnages deviennent foule, la scène s'agrandit aux dimensions d'un univers.
Dans cette évocation minutieuse, en alexandrins, de milieux de son enfance, où il ne manque ni un bouton de guêtre ni le dessin d'un seau de plage, Raymond Roussel (1877-1933) s'amuse. Pianiste et joueur d'échecs, il construit là un opéra. Mille détails s'imbriquent, surpris en plein mouvement : c'est un poème animé.
Les dessins de Daniel Maja sèment leur magie dans ces pages. Dessins si légers, au crayon pour se faire plus légers encore, ils mettent comme des volutes sur la fête foraine des mots. Un oeil dans la tombe, ça ne sert à rien. Mais un oeil au bout du crayon ? Les dessins de Daniel Maja accompagnent plus qu'ils illustrent le texte de Raymond Roussel. Quand deux poètes regardent ensemble la même vue photographique, l'un écrit, l'autre dessine, et le léger décalage ne fait qu'ajouter au charme de la lecture.
Anne-Marie Koenig