Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu'endormis.
Edgar Allan Poe Histoires grotesques et sérieuses
Magazine Littéraire n°396 - 01/03/2001
Ordinateur, mais aussi vidéo, hologramme, laser : les nouvelles technologies favorisent le développement d'une écriture poétique multimédia, « verbi-voco-visuelle » pour reprendre une expression véhiculée par Joyce puis McLuhan.
Il faut signaler l'apparition d'un nouveau phénomène littéraire lié à l'utilisation de l'ordinateur par les poètes dans l'écrit, au sens élargi du terme, comme dans l'oralité. On sait, depuis McLuhan, l'importance du médium - ici le médium ordinateur - qui n'est jamais neutre par rapport au « massage » ou message : utilisation de la typographie comme médium, considérée par McLuhan comme « archétype et prototype » de la chaîne d'assemblage (le chef-d'oeuvre en a incontestablement été le Coup de Dés de Mallarmé en 1897, qui résonne pendant tout le xxe siècle), des typographies futuristes à la Poésie Concrète dans les années 50, de l'emploi du magnétophone comme médium dans les années 60 pour la Poésie Sonore (1), de l'offset pour la Poésie Visuelle ou de l'ordinateur depuis les années 80. L'utilisation de l'ordinateur par les poètes est déjà une longue histoire depuis les premières expériences tentées en 1959 par Theo Lutz. Jasia Reichardt a organisé à l'ICA à Londres en 1968 une exposition « Cybernetic Serendipity », (« Créativité Cybernétique ») y incluant une section « Computer poems and texts ». Parmi les pionniers, citons Brion Gysin, qui parle de « Machine poetry », Dick Higgins, auteur en 1970 d'un Computer for the Arts , Jackson Mac Low, Nanni Balestrini ou Emmet Williams. La nouveauté est le développement...
Jacques Donguy