Les moralistes conçoivent l’homme dans la Nature comme un empire dans un empire.
Spinoza Ethique
Magazine Littéraire n°476 - 01/06/2008
Près de vingt ans après Tian'anmen, les auteurs chinois se sont adaptés, chacun à sa façon, aux nouvelles règles du pouvoir d'État.
Dans l'empire du Milieu, les écrivains semblent condamnés à porter un bâillon, tout au moins à « autolimiter » l'exercice de la liberté d'expression. Alors même que la communauté internationale porte son attention sur la Chine, Le Magazine Littéraire a voulu approfondir sa réflexion sur les enjeux de la création littéraire dans un régime de censure. Comment le pouvoir d'État s'ingère-t-il dans la littérature chinoise ? La censure paralyse-t-elle les écrivains ? Ou les incite-t-elle à prendre des voies de traverse et à ruser avec les interdits ? Jusqu'à quel point leur situation est-elle comparable avec celle des dissidents soviétiques ? Une « perestroïka » reste-t-elle possible ? Pour en débattre, deux connaisseurs de la réalité chinoise, le sinologue Jean-Luc Domenach et l'éditeur Philippe Picquier. L'attention de la communauté internationale s'est concentrée sur les enjeux politiques des Jeux olympiques. Ainsi a-t-on oublié que la Chine est d'abord un pays où la liberté d'expression des artistes et des intellectuels est limitée. Quels sont les rapports entre littérature et censure ? Philippe Picquier. Aujourd'hui, la censure en Chine prend des formes extrêmement différentes de celles qui ont prévalu pendant les premières décennies du régime communiste. Pendant la Révolution culturelle, il a régné une censure implacable. Les écrivains ont...
Alexis Lacroix