Greene, la grâce intranquille

Greene, la grâce intranquille

Converti au catholicisme, le Britannique conjuguait la foi et le doute : il fut toujours hanté par le vertige de la déloyauté.

Un retour en grâce des romans de Graham Greene en librairie serait un signe des temps. Un peu comme si Mauriac et Bernanos surgissaient dans la liste des meilleures ventes. Tous trois étaient baptisés « écrivains catholiques », label que le Britannique rejetait : « On peut être écrivain et catholique sans être écrivain catholique », disait celui qui avait déserté la foi anglicane des siens à 22 ans pour trouver refuge sur l'autre rive, du côté des minoritaires jadis persécutés. Dieu, la Grâce, le Salut, dans cet ordre et sans oublier les majuscules : La Puissance et la Gloire, Le Fond du problème et La Fin d'une liaison n'ont cessé de tourner autour, en un temps où nombre de lecteurs à travers le monde partageaient le grand souci métaphysique, sans oublier Rocher de Brighton, tout aussi travaillé par l'intranquillité spirituelle. Depuis, il semble que l'inquiétude ait modifié ses paramètres, ce qui ne va pas sans retirer une certaine profondeur à la fiction contemporaine, l'adultère ne conduisant plus à la sainteté. Même le constant éloge de la déloyauté risque fort de paraître inactuel en nos temps de surveillance des moeurs et des esprits par le politiquement correct. N'empêche que la souffrance issue de la trahison tourmente l'essentiel de l'oeuvre de Graham Greene. L'écrivain nous entraîne dans le labyrinthe des couples illégitimes, de l'amour à la haine en passant par la jalousie, le spectre de l'ennui, l'excitation du danger, les délires d'interprétation, et ce doute incessant qui corrode les âmes les mieux armées plus profondément que toute culpabilité.

Photo: Avec Catherine Waltson, à Anibes, vers 1950 / Norman Sherry's life of Graham Greene/DR

À lire la suite