Génétique des textes, de Pierre-Marc de Biasi

La génétique des textes renouvelle la connaissance des oeuvres littéraires à la lumière de leurs manuscrits.

Une oeuvre peut-elle naître d’elle-même ? Surgir d’un jaillissement spontané ? Espérons-le ! Ou bien que devient la légende du poète maudit, de l’écrivain génie ? Cachez ce brouillon que je ne saurais voir, semblaient dire les anciens qui, jusqu’au XIXe siècle, entretenaient le mythe d’une prose divine, soufflée par les cieux, qui ne subissait rien des « hésitations [...] ratures, repentirs : tout cela sent l’incertitude, la peine et la sueur ». Le chercheur Pierre-Marc de Biasi, fondateur de l’Institut des textes et manuscrits modernes au CNRS et collaborateur du Magazine Littéraire, s’inquiète au contraire de la mort annoncée de l’archive papier à l’heure des logiciels et élabore un manifeste de l’étude des brouillons, de la « génétique des textes ». Guidé par la volonté de saisir l’oeuvre, selon la phrase de Goethe, « au vol, à l’état naissant », porté par une sensibilité barthésienne, un rapport sensuel au plaisir du texte, Pierre-Marc de Biasi consacre la fécondation de l’oeuvre dans ce qu’elle a de plus charnel, explore les tâtonnements, les relectures, les querelles de l’écrivain avec sa propre langue. Il nous convie à l’histoire de cette méthode et en révèle l’excellence à travers des exemples tels que Victor Hugo, premier écrivain à avoir conservé scrupuleusement, dès l’âge de 25 ans, ses archives. Ou de Flaubert, dont il analyse les refontes successives d’une première phrase sous les ratures d’un brouillon. « Ce n’est pas parce qu’on écrit au clavier qu’on ne fait pas de rature. C’est même le contraire », rassure de Biasi en se confrontant à la vaste question de la génétique des créations numériques. Reste que ce livre, qui défend et illustre la beauté du papier griffonné, en prononce aussi l’éloge funèbre.