Votez Fields, le candidat du non-sens !

Votez Fields, le candidat du non-sens !

Près de 70 ans après la mort du comique américain W.C. Fields, les Nouvelles Éditions Wombat publient Fields Président !, sa parodie de programme électoral populiste. À un mois des élections présidentielles américaines, on n’a pu s’empêcher de faire un lien avec le candidat Donald Trump.

Après avoir été roi de Pologne, il semblerait qu’Ubu ait convoité la présidence des Etats-Unis. Il aurait même troqué son couvre-chef contre un haut-de-forme à 51 étoiles, son bâton à physique contre un barreau de chaise made in USA.

Le candidat s’appelle Fields et on soupçonne Donald Trump de s’être légèrement inspiré de lui. Dès le premier chapitre, le ton est donné par l’auteur éponyme, W.C. Fields, qui parle à la première personne. Parmi les « sujets dans lesquels le chef de l’exécutif d’une grande nation se doit impérativement d’être versé », on peut lire : « SUCCÈS DANS LES AFFAIRES : ne saurait-il qu’une chose, un président doit au moins connaître le secret pour réussir dans les affaires. Car, après tout, qu’est-ce que la présidence sinon un business qui tourne – ou en tout cas une sacrée bonne combine ? » Difficile de ne pas faire le lien entre cette parodie de programme électoral populiste, publiée en 1940, et l’actualité de cette année d’élections présidentielles américaines.


Illustration d'Otto Soglow

Alors, pour conquérir le cœur des Américains, Fields a un plan béton. Un programme qui, pour plaire aux électrices états-uniennes, commence par énoncer une conception du mariage, comment dire, tout ce qu’il y a de plus féministe ! Dans la « formule Fields pour femmes fébriles », il propose aux épouses un emploi du temps où l’on peut lire : « 7-8 heures : Levez-vous sans bruit, nettoyez le fourneau, garnissez-le, préparez le petit-déjeuner. (…) 19 heures - minuit : restez active – et souriante – car, comme chaque homme le sait, le mari est fatigué. » Bon, il faut avouer que sur ce point, l’élève a dépassé son maitre. Contrairement au magnat, le candidat Fields n’est pas grossier.


Illustration d'Otto Soglow

À vrai dire, ce n’est pas le seul point qui différencie les deux hommes politiques. Fields, lui, n’a pas hérité d’un empire immobilier. Son métier, c’est saltimbanque, ou plus exactement jongleur, comme W.C. Fields l’était dans la vraie vie. Et à la différence du candidat républicain, s’il fait rire, ce n’est pas à ses dépens. Ce qu’il démontre avec humour, c’est que n’importe quel clown peut se porter candidat et fournir un discours argumenté. En France, on a connu plus tard le cas illustre de Coluche, dont la vrai-fausse candidature était devenue drôlement sérieuse (16% d’intentions de vote), et lui avait valu d’être un ennemi public très populaire.

Certes, Fields n’est pas allé jusque là et ce n’était pas son intension en écrivant Fields Président !. Il jonglait plutôt entre un malaise réel, le rêve déçu des Américains auquel pouvait feindre de répondre un tract populiste, et ses propres fantasmes, son univers absurde qui l’avait propulsé, avec Charlie Chaplin et les frères Marx, sur le devant de la scène humoristique de son temps. Le non-sens pour expliquer un réel malaise, voilà le véritable sens de ce texte publié par les Nouvelles Éditions Wombat, dans la collection « Les insensés » qui a déjà réhabilité des maitres de l’humour comme Roland Topor, et Outre Atlantique, Jack Douglas et Roger Price, qui avec son mouvement Évitiste, prônait l’inadaptation comme art de vivre. Autant de lectures salutaires, par contrepoids, quand la volonté de faire sens règne sur la fiction.

Simon Bentolila

W. C. Fields, Fields président !, Nouvelles Éditions Wombat, 128 pages, 15 euros


Couverture de Fields président!