Gonzague Saint-Bris, écrivain aussi extravagant qu’attachant, est décédé

Gonzague Saint-Bris, écrivain aussi extravagant qu’attachant, est décédé

Auteur d’une cinquantaine de biographies et de romans historiques, Gonzague Saint-Bris est décédé brutalement dans la nuit de lundi à mardi dans un accident de voiture près de Pont-l’Évêque (Calvados), à l’âge de 69 ans. Sa compagne Alice Bertheaume, qui l’accompagnait, sérieusement blessée, a été hospitalisée à Lisieux.

Sa carrière était à l’image de son entregent, extravagante. Avec plus de cinquante ouvrages publiés dont plusieurs ont été couronnés d’un prix littéraire, il était parvenu à se faire un nom jusqu’à pouvoir réunir dans son festival La Forêt des livres des personnalités aussi variées que Charles Aznavour, Patrick Poivre d’Arvor, Patrick de Carolis ou encore Line Renaud. Ce festival littéraire, le « Woodstock de la littérature » selon ses propres mots, se tient chaque année depuis 22 ans en Indre-et-Loire, tout près du lieu où il était né, en janvier 1948.

Largement autodidacte, il s’est fait remarquer par ses biographies du marquis de Sade, du général de La Fayette, de François Ier, de Desaix ou encore d’Alfred de Musset. En tant que journaliste et critique littéraire, il écrit pour le Figaro, Paris Match, France Soir et Elle.

Académie française

Extravagant aussi parce qu’il fut candidat à trois reprises à l’Académie française. En 2001, où il est battu par Pierre Nora. En 2008, les académiciens préfèrent n’élire personne, tout comme en 2012. Il a pourtant obtenu trois prix littéraires : l’Interallié pour son roman Les Vieillards de Brighton en 2002, un ouvrage d’inspiration autobiographique ; puis pour son roman L’Enfant de Vinci par le prix des Romancières en 2006 ; et enfin en 2016, le prix Hugues-Capet avec mention « grand prix spécial » pour l’ensemble de son œuvre.

« C'était une personnalité follement attachante, un peu hors du temps qui était surtout un formidable entrepreneur de la culture, un amoureux sincère des livres et des écrivains », a réagit la députée d’Indre-et-Loire Marisol Touraine à La Nouvelle république. L’écrivain savait se faire remarquer. Il invente même en 1983 le festival du film de Cabourg, qui est considéré comme l’un des principaux festivals cinématographiques français.

« Notre Cyrano de Bergerac tourangeau vient de nous quitter », a déclaré affectueusement le président de la société archéologique de Touraine Philippe Rouillac. Le festival Forêt des livres, lui, aura lieu pour sa 22ème édition le 27 août prochain avec 200 auteurs parmi lesquels Jean-Pierre Chevènement, Hugues Aufray, le chanteur Raphaël, Claude Lelouch ou Valérie Trierweiler. 70 000 visiteurs sont attendus.

Son dernier livre, Les Aristocrates rebelles, qui doit paraître le 30 août prochain aux éditions des Arènes, raconte « des êtres qui ont tout et décident de choisir autre chose », comme Olympes de Gouges, Cyrano de Bergerac, Lord Byron, Alphonse de Lamartine, Toulouse-Lautrec et Visconti, qui ont eu la force de caractère pour « échapper à leur condition et surprendre leur destin ». Une règle qu’il semble s’être appliquée à lui-même tout au long de sa vie.

Raphaël Georgy