Disparition de John Ashbery, l’original devenu classique

Disparition de John Ashbery, l’original devenu classique

Le poète américain, qui a reçu la médaille des Arts et Humanités par Barack Obama en 2012, est décédé dimanche 3 septembre à l’âge de 90 ans.

Sa poésie explorait l’inconnu. Il avait d’abord rompu avec l’esthétique classique en osant des textes fragmentés et recollés. « Je démembre la poésie pour essayer de comprendre comment elle fonctionne », disait-il.

Dans Three Poems (1972), il abandonne la prosodie métrique pour une syntaxe dense et tortueuse et les cadences libres de grands blocs de prose.

Puis il abandonne les mythes de l’expressivité et de l’intériorité qui dominaient la poésie américaine jusque dans les années 1960.

À tel point que ses compatriotes l’ont soupçonné d’être, comme Wallace Stevens, un poète français qu’un fâcheux hasard eût conduit à écrire en anglais. Ashbery connaît en effet très bien la poésie française et s’est même risqué à écrire quelques « poèmes français ».

Il découvre la France après des études de lettres à Harvard, Columbia et New York, grâce à une bourse qui lui permit de faire un premier séjour à Paris en 1955-1956. Il avait jusque-là grandi dans la ferme de ses parents et ce voyage inspira certainement son premier recueil de poèmes publié en 1956, Some Trees, dans lequel il n’hésite pas à se réclamer de cette « tradition du nouveau », qui va selon lui de Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire et Roussel aux dadaïstes et aux surréalistes.

Il retourne plus tard en Europe comme critique d’art dans la version française du New York Herald Tribune.

Son Self Portrait in a Convex Mirror (« Autoportrait dans un miroir convexe », traduit en 2004 chez La Feugraie) a obtenu trois récompenses la même année : le prix Pulitzer, le National Book Award et un National Book Critics Circle Award. Il arrive que l’avant-gardisme soit reconnu par les institutions les plus installées. C’est que son œuvre est monumentale : une trentaine de recueils de poésie, des pièces de théâtre, un roman, des écrits sur l’art et des traductions en français. En 2012, il s’est vu décorer par Barack Obama de la National Humanities Medal, qui récompense ceux dont le travail a accru la compréhension du monde et de l’humanité. Officialisant l’entrée de son œuvre littéraire au panthéon américain des poètes.

R.G.