Vincent Landel, disparition d’une plume du Magazine

Vincent Landel, disparition d’une plume du Magazine

Nous ne pourrons désormais plus lire Vincent Landel dans les pages critiques du Magazine littéraire, auxquelles il contribuait depuis une trentaine d’années: notre collaborateur a trouvé la mort le 19 décembre dernier, au détour d’une route.

Né en 1958, Vincent Landel, après des études de philosophie (et un mémoire sur Schopenhauer), travailla toute sa vie à diffuser et faire aimer les textes des autres comme critique mais aussi en tant qu'éditeur chez Robert Laffont – où il publia notamment Jean-Paul Dubois –, Julliard ou au Rocher. Durant la seconde partie de sa carrière éditoriale, il avait choisi de pratiquer, non sans malice, le métier de «ghostwriter» – terme qu’il préférait à celui de «nègre» – pour des personnalités de tous horizons. L’écrivain ne fut pas que fantôme : Vincent Landel a publié trois romans, dont les registres divers démontraient la plasticité en même temps que la rigueur de son écriture. Place de l’Estrapade (La Table ronde, 1999) est la glaçante chronique d’une vengeance et d’une séquestration ; Les Larmes de Léa Kheim (La Table ronde, 2000) met la passion amoureuse à la question. En 2005, Vincent Landel s’essaie avec succès au genre de la fresque historique et rocambolesque, sans se départir de sa précision stylistique : La Princesse des jonques (rééd. Pocket), plantée dans la Chine de la fin du XIVe siècle, intrique rivalités entre armateurs, trafics portuaires et meurtres obscurs. La rédaction du Magazine littéraire s’associe à la douleur de sa famille et de ses proches. Nous garderons en mémoire un sourire goguenard, une silhouette élancée et des boucles de jais, une voix surtout, aussi douce que pouvait être dure sa dent – les années n’ayant pas chez lui émoussé l’exigence. Il était difficile de choisir parmi les très nombreux articles que Vincent a signés dans nos pages. Nous avons préféré reproduire ci-dessous un long entretien qu’il mena à notre demande avec Pascal Quignard en 2012. Quignard était sans doute l’un des auteurs français contemporains que Vincent affectionnait le plus et il en résulta une conversation plutôt qu’une interview : à l’évidence, les enjeux évoqués ne relevaient pas, du côté du critique, de la simple curiosité professionnelle. La précision de ses questions et relances disent beaucoup du lecteur qu’il était, minutieux et généreux ; et il n’aurait sans doute pas contesté, quant à sa propre personne, la devise de Quignard devenue le titre de l’entretien : « Il faut être absolument le plus secret des hommes. »

Hervé Aubron

À lire: «Il faut être absolument le plus secret des hommes»

 

Photo : Vincent Landel ©DR