Que cherchaient-ils ces explorateurs photographes du xixe siècle partis à la découverte des contrées reculées d'Afrique, d'Asie et d'Amérique ? A porter témoignage de paysages exceptionnels, de populations originales, les uns et les autres souvent en péril. A renouveler, aussi, la matière première de l'art de l'image : lumières, lignes, contrastes.
C'est pour cela que l'exposition sur les « Trésors photographiques de la Société de géographie » présentée à la Bibliothèque nationale de France est à la fois documentaire et pleine de surprises esthétiques. Son objectif est de rendre compte de la triple fonction, entre 1849 et 1909, de la Société de géographie : explorer les régions inconnues du globe, témoigner d'un monde en mutation et inventorier. Mais, au passage, quel plaisir pour les yeux !
Créée en 1821 à Paris avec pour mission de participer aux progrès de la géographie, la Société encourage les voyages, soutient travaux et publications. Très vite, certains des explorateurs qu'elle parraine sont sensibles aux perspectives offertes par la photographie, et n'hésitent pas à s'encombrer dans leurs périples de plaques de verre et produits chimiques. Surtout, la Société ne cessera, au fil des décennies, d'augmenter ses collections, par de nombreuses acquisitions. Ses fonds, aujourd'hui conservés à la BNF, comptent 100 000 photographies et 43 000 plaques de verre.
C'est ainsi que Samuel Bourne fixe dès 1863-1864 les incroyables reliefs himalayens. Que le major Powell, en 1875, immortalise grâce au photographe John K. Hillers les villages des Indiens hopi, perdus entre Colorado et Arizona. Ou qu'Édouard Joseph Bidault de Glatigné, vers 1888, se fait reporter dans la Corne de l'Afrique : belles jeunes filles un peu revêches, femmes majestueuses, guerriers lourdement armés.
Traditions ancestrales d'un côté, industrialisation en marche de l'autre. Le chemin de fer qui pénètre jusqu'au coeur du Grand Canyon offre à William-Henry Jackson, vers 1881, de fascinantes perspectives. Vers 1896, Dimitri Solomirsky fait d'un haut-fourneau dans une usine de l'Oural un monstre moderne et inquiétant. Tandis que la peinture abstraite se profile derrière cette image anonyme du métro aérien de New York, à l'orée du xxe siècle.
Un très bel ouvrage, sous la direction d'Olivier Loiseaux, accompagne l'exposition (BNF/Glénat).
Jusqu'au 16 décembre, 58, rue de Richelieu, 75002 Paris.
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