Le roman des parents

Le roman des parents

Après Jeune fille, où elle évoquait ses débuts au cinéma sous la houlette de Robert Bresson, la romancière et réalisatrice Anne Wiazemsky poursuit son autobiographie singulière avec Mon enfant de Berlin. Elle s’y attache, cette fois-ci, à la rencontre de ses parents dans le Berlin d’après guerre, en entremêlant élégamment témoignages et fictions.

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour raconter l’histoire de vos parents ?

Anne Wiazemsky. Je ne sais pas pourquoi on commence un livre plutôt qu’un autre. J’ai l’impression que ce n’est pas moi qui choisis l’histoire, c’est l’histoire qui me choisit. J’avais évoqué la période noire de mes parents dans Hymnes à l’amour, mais sans doute avais-je envie de les retrouver dans la période la plus heureuse de leur vie. Celle de leur jeunesse, de leur rencontre et de ce qu’ils ont accompli avec leurs camarades de Berlin. En cours de route, j’ai réalisé que je ne voulais pas qu’on oublie ce qu’ont fait tous ces gens : les membres de la Croix-Rouge comme ma mère ou les agents de la division des personnes déplacées comme mon père. Ils ont retrouvé et sauvé des milliers de Français. J’ai eu envie de le faire savoir de manière quasi militante.

Mon enfant de Berlin est un récit à la troisième personne jalonné d’extraits de lettres et de journaux de votre mère à la première personne. Pourquoi ce choix ?

Je n’ai rien retouché dans les écrits de Claire, puisque l’un des objectifs de mon livre était de lui donner enfin la parole. D’où le je, essentiel pour moi. La troisième personne en revanche permettait d’ouvrir la porte au romanesque. Même si je me suis beaucoup documentée, mon but n’a jamais été de faire une enquête mais bel et bien un roman. J’ai le sentiment que la fiction donne la possibilité d’être au plus près de la vérité.

Votre précédent livre relatait le passage de l’enfance à l’adolescence, comme si, telle une autobiographie à rebours, il prolongeait Mon enfant de Berlin.

Tout à fait, mais ce n’était pas conscient. C’est mon éditeur qui m’a fait remarquer qu’il s’agissait finalement du même personnage. La jeune fille devient femme. Dès que j’ai commencé à écrire sur mes parents, ils sont devenus des personnages à part entière. Dans ce livre comme dans le précédent, le passage au romanesque m’a libérée. Certaines scènes, comme celle de la rencontre de mes parents, ont été inventées, mais je me dis que cela aurait pu se passer ainsi. Je ne me suis pas sentie impudique puisque j’étais en compagnie de personnages. Leur vitalité, qui était celle de tous ces jeunes gens qui partageaient le même idéal, a été communicative.

Propos recueillis par Alexandra Lemasson

À lire

Mon enfant de Berlin, Anne Wiazemsky, éd. Gallimard, 248 p., 17,50 euros.