Gustave Doré: Le plus illustre des illustrateurs

Le musée d'Orsay rend grâce à l'artiste touche-à-tout, qui se mesura à tous les grands textes, de la Bible à Victor Hugo. Paris (7e). Jusqu'au 11 mai.

Certains livres appartiennent à la mémoire collective. Ainsi des Contes de Perrault dans l'édition rouge et or de Hetzel, sombrement et fantastiquement illustrés par l'emblématique Gustave Doré. Le musée d'Orsay revient sur le parcours de ce gamin de génie à l'orgueil démesuré, embauché à 15 ans comme caricaturiste par Philipon, grand patron de la presse illustrée. Comme Daumier, Doré échappe rapidement au Journal pour rire en devenant un illustrateur-fleuve, puis l'artiste français le plus connu. En 1863, quand Le Déjeuner sur l'herbe d'Édouard Manet fait scandale au Salon, la Bible illustrée par Gustave Doré est publiée dans dix pays. « Doré partout », ne disait-on pas ? Il fascinait autant qu'il irritait. «Trop d'illustrations, pas assez de gloire», se plaignait-il.

Dès 1865, il émet le souhait de créer une collection où il illustrerait les chefs-d'oeuvre de trente-cinq auteurs et mettrait ainsi les grands textes à la portée de tous, de La Divine Comédie jusqu'à ses contemporains Balzac et Hugo, en passant par Milton, Cervantès, Shakespeare et Rabelais. Doré se rêvait artiste complet, il sera touche-à-tout : dessins, aquarelles, lavis sculptures et peintures - pour lesquelles il recherche en vain la reconnaissance.

Si son inspiration est à la fois romantique, réaliste et symboliste, son imagination se complaît dans le drame. De là les envoûtantes ambiances nocturnes de Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'enfer (1861) ou L'Énigme (1871). La mort est omniprésente, figurée par le vol d'oiseaux sinistres ou de monstres hybrides. Dans ses paysages grandioses, la lumière diffuse magnifie une nature fantastique qui ramène Gustave Doré à son enfance alsacienne et à la forêt vosgienne. Variant les angles - contre-plongée, vue panoramique, gros plan, mais aussi mouvements de foule comme animés par des figurants -, sans caméra pour assouvir sa soif d'expérimentation, Gustave Doré produisit un flot d'images, un réservoir sans fond à la Cecil B. DeMille où nombre de cinéastes, de Cocteau à Tim Burton, en passant par Demy, ont su puiser. Une légende qui perdure donc.

Par Véronique Prest