Pour PRÉVERT

Pour PRÉVERT

Le poète, disparu il y a tout juste quarante ans, est encore souvent considéré avec condescendance. À l'opposé des « esprits chagrins », la romancière Agnès Desarthe, qui rencontra la littérature grâce à Prévert, le perçoit toujours comme l'un des rares auteurs à prendre l'enfance au sérieux.

Quand je pense à Jacques Prévert, je pense toujours à la femme qui me le fit connaître. C'était une remplaçante. En classe de sixième. J'avais 10 ans. Rebelle qui s'ignorait, j'étais un bizarre mélange d'enfant modèle et de voyoute. Je me tenais, bras bien croisés sur ma table (que l'on n'appelait déjà plus un pupitre, quel dommage), regard clair plongé dans celui du professeur, doigt levé haut dès qu'une question était posée pour y répondre avant tout le monde, mais je ne faisais jamais mes devoirs, trichais volontiers lors des interrogations écrites, mentais et volais aussi parfois.

La remplaçante ne ressemblait pas aux autres enseignants. Elle était jeune. Elle était belle. Ell ...

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