Koffi Kwahulé, lauréat du Grand prix de littérature dramatique 2017

Koffi Kwahulé, lauréat du Grand prix de littérature dramatique 2017

Le jury du prix Artcena a récompensé, lundi 9 octobre, l’écrivain ivoirien pour sa pièce L’Odeur des arbres (éd. Théâtrales).

De toute évidence, ce prix l’attendait. Koffi Kwahulé est depuis plus de vingt ans l’un des auteurs qui comptent. Il écrit beaucoup, il est souvent porté à la scène. L’Odeur des arbres vient ainsi couronner une écriture singulière, aussi romanesque et musicale que théâtrale. C’est même par un dispositif formel invisiblement théâtral que sa théâtralité s’affirme au mieux. Les personnages conversent, racontent, chantent, fantasment, passent incessamment du réalisme au merveilleux, mais aucun discours ne se rapporte pleinement à un nom : à la différence de la plupart des textes de théâtre, le locuteur n’est pas nommé sur le papier et les répliques apparaissent comme des morceaux de prose dont l’oralité et la théâtralité ne prennent naissance que par le nom de l’interlocuteur. Rien ne dit mieux que la parole s’adresse toujours à quelqu’un, et que c’est ce quelqu’un qui la fait exister ; sinon, elle est lettre morte, pur acte d’auto-contemplation ou d’auto-réflexion.

C’est d’ailleurs ce qui se passe dans L’Odeur des arbres. Chaque survie, d’une personne, d’une famille, d’une ville, dépend de la transaction la plus convaincante. Aucun crime, aucun chantage, aucune satisfaction n’existe si elle n’est chevillée à un récit. C’est ce que Shaïne, la sœur partie de sa ville depuis vingt-et-un ans, découvre lors de son retour. Elle voulait se recueillir sur la tombe de son père disparu et dormir une nuit dans sa maison, mais il n’y a ni maison ni tombe. Si son enquête lève le secret de la tragédie, elle en produit une seconde sous nos yeux. Lecteurs ou spectateurs, nous sommes pris à témoin du conflit entre valeurs anciennes et négociations post-modernes qui, lorsqu’il ne produit pas de meurtre, engendre beaucoup de mélancolie. Le père le formule ainsi de ses propres enfants : « ce qu’ils veulent ce n’est pas la maison, ce sont mes désirs ».

Christophe Bident

L’Odeur des arbres et autres pièces, Koffi Kwahulé, éd. Théâtrales, 117 p., 18 €

Photo : Koffi Kwahulé © Dominique Faget/AFP Photo