Bob Dylan : no comment

Bob Dylan : no comment

Le choix de Stockholm a laissé sans voix le principal intéressé : le chanteur n’a pas encore répondu à l’Académie suédoise, qui lui a attribué jeudi 13 octobre le prix Nobel de littérature.

Il a donné le soir même un concert sans faire référence à cet événement. Il partageait la scène du Festival Desert Trip avec les Stones, les Who et Neil Young devant 150000 fans.  Les Inrocks ont vu un signe : Bob Dylan a joué de la guitare, une première depuis quatre ans. Une façon bien personnelle de montrer qu’il est content ? La presse s’interroge sur ce silence : «Bob Dylan avare de remerciements» pour La Croix,  «un Nobel si discret» pour Le Figaro

Au Magazine Littéraire, il faut bien l'avouer, on ne s'attendait pas à ce choix. Le nom du chanteur américain circulait depuis plusieurs années, on croyait à une plaisanterie, une façon d’éviter les questions des curieux qui sondaient le jury du Nobel. Comme tous les ans, nous avions attendu avec impatience jeudi 13 octobre à 13h l’annonce du prix Nobel de littérature. Le nom du lauréat était donné en direct via la chaine Youtube de l’Académie suédoise par Sara Danius. Nous restions attentifs tandis que le discours en suédois et en anglais de la secrétaire générale commençait, prêt à noter le nom d’un auteur peu connu comme ce fut le cas pour le poète suédois Thomas Tranströmer. On attendait Philip Roth, Salman Rushdie, Joyce Carol Oates… Les écrivains américains n’avaient pas été nobélisés depuis 23 ans. Quelle surprise d’entendre au contraire un nom familier : Bob Dylan ! L’année dernière, après l’annonce du lauréat, nous nous étions précipités sur l’œuvre de la biélorusse Svetlana Alexievitch. C’était l’occasion de parcourir une œuvre forte qui faisait écho à l’histoire de la Russie ; nous avions découvert une langue, une voix, un style. Mais cette année, que faire ? Écouter ? Nous avons tout d’abord recherché des traductions des chansons de Dylan. Etions-nous passés à côté de quelque chose ? Il faut bien avouer que la comparaison avec Rimbaud et Shakespeare – notamment par Marc Lambron dans l’hebdomadaire Le Point - prête à sourire. Sans prévenir personne, les jurés du prix Nobel étaient passés du champ littéraire au chant littéraire.

Les réactions n’ont pas tardé.  
Sur Twitter, celle de Salman Rushdie est fair-play :

« D’Orphée à Faiz, chanson et poésie ont toujours été intimement liées. Dylan est le brillant héritier de la tradition des bardes. C’est un super choix ! »

De même Joyce Carol Oates :

« Bob Dylan est l’auteur de textes littéraires, au sens le plus profond ».

Ou encore Alain Mabanckou, qui avait prévu les critiques à venir :

«Les puristes et autres râleurs crieront certainement au sacrilège, au dévoiement de l’esprit du Nobel, mais je suis heureux que la littérature soit aussi reconnue dans la Parole, au sens poétique de ce terme. Georges Brassens l'aurait mérité aussi».

Certains comme Vincent Message rendent hommage au chanteur :
« Je comprends, dans cette polémique, ceux qui disent que d’autres écrivains avaient plus besoin d’une telle reconnaissance, à une époque où la place de la littérature est extrêmement fragile. Je me sens plus loin de ceux qui affirment que Bob Dylan ce n’est pas de la littérature, ou qu’on ne peut pas être chanteur et poète. Mais au-delà de la polémique, j’ai voulu saisir l’occasion de rendre un hommage plus personnel à un très grand artiste, qui compte beaucoup pour moi. »

Pourtant un grand nombre n’est pas convaincu, comme Claro :
« Le Nobel de littérature, maintenant, c'est rire et chanson, hein. »
Ou encore : « Les journalistes respirent. Ils ne vont pas être obligés de lire tout Roth ou De Lillo ou Rushdie… »

Irvine Welsh, l’auteur de Trainspotting :
« Je suis fan de Dylan, mais c’est une récompense nostalgique et malade arrachée aux prostates séniles de hippies bavards ».

Pierre Assouline, journaliste au Magazine Littéraire :
« Le bras d’honneur des Nobel à la littérature américaine », publie-t-il sur son blog La République des livres. « Lui attribuer le Nobel de littérature, c'est affligeant. J'aime Dylan mais il n'a pas d’œuvre. Je trouve que l'Académie suédoise se ridiculise. C'est méprisant pour les écrivains ».

Les internautes ont vivement participé au débat. Certains soulignent à juste titre que ce Nobel pose la question de ce qu’est la littérature. La chanson, le rock, la bande dessinée est-ce de la littérature ? Personne en revanche ne s’étonne que les Nobel honorent un artiste largement connu dans le monde entier et n’a pas besoin des 800000 couronnes attribuées au lauréat. Le Magazine Littéraire les a interrogés via ses pages Facebook et Twitter. Que pensaient-ils du Nobel attribué à Bob Dylan ?

Certains condamnent sans appel.

Face aux accusations d'être de vieux réacs, ils précisent :

Philip Roth était l'un des favoris de nos lecteurs :

On s'interroge sur le sens de ce Nobel :

D'autres au contraire se montrent très heureux du choix des Nobel :

 

Enrica Sartori