Face à Christine Angot, une double peine pour Sandrine Rousseau

Face à Christine Angot, une double peine pour Sandrine Rousseau

La chroniqueuse et romancière Christine Angot a violemment critiqué la position de Sandrine Rousseau venue présenter son livre Parler (éd. Flammarion, 2017) sur son vécu du harcèlement sexuel, lors de l’émission « On n’est pas couché » diffusée le 30 septembre.

Le ton avait été donné ces derniers jours quand la production de « On n’est pas couché » avait fait savoir qu’une séquence de l’émission, enregistrée le 28 septembre, serait coupée au montage. On y voyait Christine Angot quitter le plateau en furie, jetant ses feuilles et son verre devant une Sandrine Rousseau en larmes. La rumeur s’est vérifiée samedi 30 septembre lors de la diffusion, la production a coupé la sortie théâtrale mais a gardé les larmes.

 

Face aux deux chroniqueurs Yann Moix et Christine Angot, Sandrine Rousseau venait défendre son livre, Parler, témoignage de son agression sexuelle et du parcours qu’elle a dû mener après sa prise de parole. En 2016, alors qu’elle est porte-parole d’Europe Ecologie Les Verts, elle fait partie des quatre femmes portant plainte contre Denis Baupin qui vient de quitter le parti. L’affaire, classée sans suite pour prescription, a motivé Sandrine Rousseau à prendre la parole. Sans pour autant prétendre « faire de la littérature », elle voudrait encourager une libération de la parole et, a minima, une information pour les femmes victimes d’agressions sexuelles, quand elle-même s’est dite bouleversée de la violence à laquelle elle a dû faire face. Et c’est violemment que lui a répondu Christine Angot, visiblement exaspérée de ces propos.

La nouvelle chroniqueuse de Laurent Ruquier, déjà médiatisée pour ses invectives, est revenue sur le livre, dans sa forme plutôt que sur le fond, désapprouvant dans une première partie le choix du titre, « parler ». En total désaccord avec son interlocutrice, Christine Angot se perd d’abord dans des digressions, évoquant le sujet du viol alors que Sandrine Rousseau ne l’évoque jamais dans son livre. Elle observe que le livre en question est plus un discours, qui est donc collectif, connu et relayé, qu’une parole intime, subjective qui selon elle serait beaucoup plus puissante.

Le problème est que parlant de Parler, les deux femmes oublient de s’écouter. Elles adoptent chacune une posture qui voue le dialogue à l’échec. Sandrine Rousseau s’exprime en tant que femme et victime alors que Christine Angot pense en tant qu’écrivain. « Un écrivain c’est pas un témoin, de rien du tout, c’est juste un écrivain. » disait-elle dans l’émission « Tout le monde en parle » à l’occasion de la sortie de son livre L’Inceste en 1999. Car rappelons-le, la position de Christine Angot n’est pas anodine sur ce sujet, elle qui relatait dans ce livre le destin d’une jeune fille, nommée Christine Angot, violée par son père depuis ses 14 ans. Pourtant elle n’a jamais présenté son livre comme un témoignage ou une autofiction. Au contraire, en tant qu’auteur, le seul acte d’écrire doit suffire selon elle à témoigner.

Toutes deux sont légitimes à débattre sur la question, on le voit d’ailleurs avec un Yann Moix qui s’efface, mais aucune n’entend le choix de l’autre quant à la manière d’affronter ce sujet. Alors que Sandrine Rousseau demande ce qu’il faut faire puisque chercher à parler ne sert à rien selon Christine Angot, la chroniqueuse rétorque simplement : « on se débrouille ». Cette phrase, qui a choqué le public et les téléspectateurs, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ayant reçu plus d’un millier de plaintes depuis deux jours, illustre le fossé entre Christine Angot qui refuse de catégoriser les femmes victimes d’agressions et Sandrine Rousseau qui refuse que les choses restent en l’état. Une femme victime de violences sexuelles sur dix porte plainte, un homme accusé sur cent est jugé coupable.

Alice Chomy