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Dans son discours d’entrée à l’Académie française, jeudi à 15h, Dany Laferrière a rendu hommage à son prédécesseur Hector Bianciotti dont il occupe le fauteuil n°2. L’écrivain est le premier Québécois et le premier Haïtien à rejoindre l’institution. Il retrace le destin de l’auteur d'origine argentine, qui, comme Lafferière, a connu l’exil, le dénuement et l'absence du père. « A un Franco-argentin d’origine italienne va succéder un Québécois de Haïti, qui sera reçu par un Libanais. Voilà ce que c’est, l’Académie française », avait commenté l’académicien Jean d’Ormesson.

Actualités
  • Jean-Patrick Manchette

    Dossier coordonné par Alexis Brocas. Si les grands livres ne vieillissent pas, puisqu'ils ont toujours l'âge de leurs lecteurs, qu'en est-il des collections ? La Série noire fête cette année ses soixante-dix ans. On pourrait la croire épuisée, cacochyme et perdue à l'heure où, pour se vendre, le suspense doit être chic (les romans noirs à l'eau de rose de Camilla Läckberg), biblique (Dan Brown), ou parascientifique (Dan Brown repetita). Pourtant, la ténébreuse septuagénaire ne nous a jamais semblé aussi juvénile. Elle qui, à ses débuts, publiait à la chaîne le tout-venant d'outre-Atlantique est devenue une vaste auberge criminelle - et souvent une auberge de jeunesse - où l'on parle beaucoup français et où cohabitent toutes les couleurs du roman noir.

  • Par Maurice Szafran. Nous nous connaissons peu, mais vous vous êtes exprimé à de nombreuses reprises dans Marianne à l'époque où je dirigeais ce journal. J'ai toujours veillé à ce que vous soyez traité au mieux, à ce que vous disposiez du nombre de pages nécessaire, à ce que votre intervention soit annoncée en couverture. Je n'étais pas toujours en accord avec vos thèses - votre répulsion envers l'Europe par exemple - mais j'estimais que vous nous aidiez à réfléchir sur la société, qu'en cela c'était un apport précieux et qu'il en allait de ma responsabilité de mettre en scène votre expression et vos idées. C'est ainsi que je conçois le rôle d'un directeur de journal. Mais qu'aurais-je fait, comment aurais-je réagi après avoir lu votre dernier opus ? N'aurais-je pas été tenté de le balancer à la poubelle ?

  • Par Pierre Assouline. Deux éditeurs ont définitivement achevé d'imprimer. Ils exerçaient la même profession sans pour autant faire le même métier. Claude Durand incarnait une race d'oiseau rare dans ce métier : un éditeur qui sache aussi bien lire que compter. Il vient de disparaître, à 76 ans, dont quarante-cinq dans le bâtiment. Il avait fait ses classes au Seuil dès 1958. Le García Márquez de Cent ans de solitude et le Soljenitsyne de L'Archipel du goulag furent ses grandes révélations. Il fit escale chez Grasset avant de se poser chez Fayard, qu'il bouleversa en s'y installant pour trente ans.

  • Germaine Tillion

    L’ethnologue Germaine Tillion entre aujourd'hui au Panthéon avec trois autres héros de la Résistance: Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay.

  • Une exposition consacrée à un éditeur mariant les écrivains et les artistes.

  • Claude Durand, qui fut pendant trente ans le PDG de Fayard et une figure incontournable de l’édition,  est décédé à l’âge de 76 ans. Réputé pour ses «coups» éditoriaux, il avait fait découvrir Soljenitsyne et Gabriel Garcia Marquez.

  • Le Goncourt du premier roman a été décerné au romancier algérien Kamel Daoud pour Meursault, contre-enquête (éd. Actes-Sud). Le chroniqueur du Quotidien d’Oran avait été l’un des favoris du prix Goncourt en novembre pour ce roman en miroir de L'Étranger de Camus.

  • Après Charles Juliet, distingué l’année dernière, le Goncourt de la poésie récompense l’œuvre du poète belge William Cliff. Il avait reçu en 2010 le grand prix de poésie de l'Académie française. Publié aux éditions Gallimard, il est l'un des poètes « les plus singuliers de l'actuel champ poétique belge ». Le Goncourt de la nouvelle a été remis au journaliste Patrice Franceschi pour «Première personne du singulier» (éd. Points). L’auteur, âgé de 60 ans, vient de publier Mourir pour Konabé aux éditions Des Équateurs, le récit des combattants et combattantes Kurdes chrétien de Syrie contre Daesch.

  • Ruth Rendell, auteur de polar britannique, est décédée samedi à l’âge de 85 ans. À la suite d’une attaque cérébrale, elle avait été plongée dans le coma depuis janvier. Auteur de plus de soixante romans policiers empreints de psychologie, elle a souvent été adaptée au cinéma par Chabrol, Miller, Ozon et Almodovar.

  • Le boycott de la remise du prix PEN à Charlie Hebdo prend de l'ampleur. 145 écrivains ont manifesté leurs réticences et n'assisteront pas à la cérémonie le 5 mai. L’hebdomadaire serait-il trop «bête et méchant» pour l’élite littéraire américaine?

  • Jusqu’au 7 juin, l’exposition «Pliure. Épilogue (La bibliothèque, l’univers)» au palais des Beaux-Arts (Paris, 6e) présente des créations artistiques inspirées du livre. Avec les oeuvres d'Ignasi Aballí, de Bas Jan Ader, de Dora Garcia… et un focus autour de l’éditeur américain Seth Siegelaub. www.heymann-renoult. com/

  • Jusqu'au 20 septembre, le musée des Suisses dans le monde à Pregny-Chambésy expose des objets d’art du XIVe au XIXe siècles, témoignages des liens qui unissent la Suisse à l'Arménie. «Dans un monde où tout est éphémère et où tout change trop vite, c’est une opportunité rare de pouvoir admirer ces oeuvres d’art. Beaucoup proviennent des régions dures et montagneuses du plateau anatolien, désormais hors des frontières arméniennes.» On y découvre notamment l’Arménie chrétienne, influencée par l’art byzantin. La tradition arménienne des manuscrits enluminés s'est perpétuée durant toute l’époque médiévale et les siècles suivants.

  • Six écrivains américains s’insurgent contre le choix d’attribuer le 5 mai une récompense pour la liberté d’expression à l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Ils n’assisteront pas au gala organisé par la société littéraire PEN American Center.

  • Dossier coordonné par Sarah Chiche. Alors que nous croyons tous savoir ce qu’est la perversion, celle-ci demeure une notion discutée. Représente-telle un affranchissement ou impose-t-elle une norme dominante? Est-elle avant tout un trouble masculin? A-t-elle encore un sens quand elle est dite «narcissique»? Détournant le langage commun, la littérature peut s’affirmer comme un art de la manipulation ou de la cruauté chez Shakespeare, Dostoïevski, Genet, Dostoïevski... Le cinéma et les arts ne sont pas en reste : entretiens avec Catherine Millet et Michael Haneke.